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J’avais délaissé la première saison de Slow Horseen raison de la vulgarité et du cynisme du personnage principal et, plus largement, de l’intérêt d’une histoire qui ne séduisait pas d’emblée. C’était une erreur, la qualité des interprètes principaux – Krtstin Scott Thomas et Gary Oldman – aurait dû suffire à susciter mon intérêt.

L’accueil de la critique britannique aux saisons suivantes insinua le doute, le visionnage de la saison 2 acheva de me convaincre que Slow Horse n’était pas la série facile et un brin grossière que j’avais cru.

Diana Taverner (Kristin Scott Thomas) et Jackson Lamb (Gary Oldman)

Tout se passe à l’Étable, une annexe du Mi5, l’équivalent britannique de notre DGSE. On y mute, dans des locaux antédiluviens, ceux que l’on surnomme « les veaux », ces agents mal vus, fautifs ou au comportement incompatible avec le service. Tous ont conscience que leur purgatoire ne vise qu’à les pousser à la démission. C’est pourquoi ils acceptent de s’ennuyer à ne rien faire ou d’être affectés à des missions sans intérêt pour le seul bénéfice d’un salaire.

L’agent Shirley Dander (Aimee-Ffion Edwards) crochettant une serrure.

Leur patron, Jackson Lamb, est un odieux personnage qui n’articule jamais une phrase devant ses agents sans exprimer tout le dégoût qu’ils lui inspirent. Sale, grossier, alcoolique, irrespectueux, menteur, il cumule tant de défauts que la caricature finit par faire sourire. Quant à ses acolytes et souffre-douleurs, on prend pitié de leur sort.

Ils n’ont en effet aucun recours. La Maison mère, en la personne de Diana Taverner, la directrice générale adjointe du Mi5 et cheffe du service des opérations, ne porte évidemment aucune considération à l’Étable, et encore moins à Lamb. Son aigreur est tempérée seulement par le besoin qu’elle peut avoir de ces agents déclassés pour régler ses propres comptes.

Le très arrogant ministre de l’Intérieur

Si l’on suit mon exemple, on s’installe donc sans réelle conviction devant n’importe quelle saison de Slow Horses et l’on se fait hameçonner comme la première ablette venue. Chaque épisode est dense puisqu’on y suit simultanément les sept ou huit agents de l’Étable, ce qui constitue un grand nombre de lignes narratives parallèles, même en considérant qu’ils agissent souvent par paires. Néanmoins, les récits de chaque saison sont si bien construits et si proprement bouclés au terme des six épisodes que c’est un plaisir de naviguer de l’un à l’autre sans perdre de vue l’ensemble.

River Cartwright (Jack Lowden), après tabassage.

Cette organisation par unités narratives d’une saison s’avère donc offrir un bon équilibre entre le pur feuilleton où tous les épisodes s’enchaînent et la pure série où chaque épisode est autonome. Le suspens est cependant amoindri aussitôt que le spectateur comprend que l’affaire sera réglée pour le mieux à la fin de chaque saison. D’où l’importance d’imaginer des arcs narratifs secondaires qui fassent le pont entre les saisons, ou de recourir à un fil rouge qui coure tout au long de la série, ce qui n’est pas le cas dans Slow Horses. Mais quel spectateur contemporain attendra une année pour connaître la suite d’une série ?

Jackson Lamb (Gary Oldman) et sa secrétaire Catherine Standish (Saskia Reeves)

On comprend assez vite que n’est pas seulement le monde des services secrets qui est dans la ligne de mire de la satire, mais celui du travail, en général, puisque les rapports entre le chef de service, Jackson Lamb, et ses subordonnés sont le carburant de la série. Il n’y a d’ailleurs aucune raison de penser que les services secrets soient des administrations plus vertueuses que les autres, en dépit de l’image qu’en ont légué les James Bond ou même notre Bureau des légendes national.

Slow Horses raconte des histoires d’espionnage où chacun retrouve peu ou prou ce qu’il vit ou a vécu au travail. Les patrons ou chefs de service autoritaires, blessants, harceleurs, on en connaît tous. La France s’est même fait une spécialité du « management toxique ». Mais au travers de cela, Slow Horses parvient à perfuser des liens affectifs plus solides qu’on l’imagine. Lamb et sa martyre de secrétaire, Catherine, sont comme un vieux couple, capable de se jeter le pire à la figure sans pouvoir se séparer définitivement. Louisa et Min vivent ensemble et la mort du second brise la première, mais surtout, Jackson Lamb se démasque en se portant instinctivement au secours d’un de ses agents en danger, révélant une empathie pourtant soigneusement étouffée. Une véritable humanité pointe sous les dehors de la caricature et c’est celle-ci qui nous touche. Sous la comédie des rapports sociaux, subsistent toujours des vestiges d’empathie, à défaut d’intérêts communs.

Min (Dustin Demri-Burns) aux prises avec un agent russe

Quoique dans un autre registre, la cheffe du service action, Diana Taverner éprouve vraisemblablement des sentiments proches en pratiquant à la fois l’Étable de Lamb, qu’elle dédaigne, et ses propres supérieurs et collègues qu’elle méprise sans doute davantage. Les dangereux, ceux qui portent atteinte à la sécurité collective, ne sont pas les foutraques de l’Étable, mais bel et bien ces ministres aussi incompétents qu’ambitieux, ces hauts fonctionnaires avides de pouvoir, ces costumes gris qui hantent les entreprises internationales, les ministères ou, ici, les locaux ultra-modernes du Mi5.

Ingrid Tearney (Sophie Okonedo), la terrible cheffe du 1er Bureau.

Slow Horses est le parfait contre-point de Spooks, cette série d’espionnage diffusée entre 2002 et 2011, l’une des meilleures du genre jamais réalisées pour la télévision. Le Mi5 y était dépeint comme une organisation exemplaire bien que traversée de douleurs personnelles et d’expériences traumatiques. Mais c’était avant, au début du siècle. Slow Horses est retombé en même temps que nous de l’enthousiasme de cette époque et nous a ramené aux ornières d’antan. À cette société humaine dont Dieu s’est inspiré pour créer le Purgatoire.

Slow Horses est un feuilleton télévisé américano-britannique créé par Will Smith à partir de la série de romans de Mick Herron intitulée Jackson Lamb. La première saison été diffusé en 2022 sur Apple TV. Slow House est interprété notamment par : Kristin Scott Thomas, Gary Oldman, Dustin Demri-Burns, Saskia Reeves, Jack Lowden, Jonathan Pryce, Rosalind Eleazar, Christopher Chung, Aimee-Ffion Edwards, Kadiff Kirwan,…

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