De Don Quichotte et Sancho Pança à Laurel et Hardy, de La Grande Evasion à Macadam Cowboy, astucieusement cité dans cette série, le duo dissymétrique a fait ses preuves dans la littérature comme au cinéma, de la comédie à la tragi-comédie. Mettez ensemble un maigre et un gros, un humble et un prétentieux, un benêt et un rusé, les contraires s’attirent et se contrastent vigoureusement avant de se fondre dans ce qui ressemble à un couple. Apprentissage moral de la tolérance ou simple effet de l’empathie humaine ? Les deux, puisque cette forme de récit cumule l’effet de reconnaissance (nous l’avons tous éprouvé) et l’intention pédagogique (nous sommes tous destinés à nous entendre).
En haut Simon Williams (Yahya Abdul-Mateen II), en bas Trevor Slaterry (Ben Kingsley)
Wonder Man est l’histoire de deux hommes parfaitement dissemblables : l’acteur en début de carrière Simon Williams et l’acteur en fin de carrière Trevor Slaterry. Sous l’apparence du premier se cache le super-héros Wonder Man, et le second n’est autre l’acteur britannique toxicomane devenu inconsciemment « Le Mandarin », le super-terroriste du film Iron Man 3, récemment évadé. Tous les deux postulent pour un rôle dans le film du grand réalisateur Von Kovak, Wonder Man. Autrement dit Simon veut le rôle de celui qu’il est vraiment mais qu’il doit dissimuler.

Une législation récente, en effet, a interdit aux super-héros de jouer dans des films ou des séries pour des raisons de sécurité. Quant à Trevor, il s’est fait une nouvelle fois arrêter et le FBI le fait chanter pour qu’il fournisse les preuves de la réelle nature de Simon.
Pour résumer : un super-héros se fait passer pour un acteur débutant pour décrocher le rôle du super-héros qu’il est en réalité et un acteur britannique ayant interprété dans un autre film le rôle d’un acteur britannique devenu un terroriste cherche à jouer dans le même film pour le piéger.
Simon devant le jury du casting du film Wonder Man
L’écheveau du récit est si serré qu’aucune limite n’apparaît clairement entre les personnages de fiction, les acteurs qui les interprètent et personnages qu’ils sont dans la vie « civile ».
Les carnets de la télévision avaient déjà traité de deux séries de super-héros : L’astucieuse Watchmen et la pesante The Boys qui, toutes les deux en 2019, affrontaient la question politique du jour : l’émergence du fascisme US, la présidence de Trump, la transformation du pouvoir politique en spectacle de télé-réalité, le suprémacisme blanc, le recul des droits des femmes, privatisation de l’État, etc.
Tout en se laissant docilement regarder, ces productions trouvaient davantage de saveur dès lors que l’on était lesté d’un minimum de culture des comics ou des romans graphiques anglo-saxons, Watchmen tout particulièrement.
Les mêmes
Wonder Man ne demande rien de tout cela mais joue avec finesse de références cinématographiques classiques (Macadam CowBoy) ou télévisuelles plus récentes avec la participation de personnalités de l’Hollywood moderne qui interprètent leur propre rôle (Joe Pantoliano , Ashley Greene, Josh Gad) ou des citations comme celle de la série Severance. Car, puisqu’il s’agit d’un super-héros qui tente de décrocher son propre rôle au cinéma sans se faire prendre, Hollywood est une fois de plus mis à contribution et offre ici le décor et les clichés qui répondent à nos fantasmes.

Ce n’est bien entendu pas le Hollywood de Sunset Boulevard qui est convoqué mais un Hollywood plus moderne où, plutôt que les communistes comme dans les années 1950, ce sont les superhéros qui sont interdits pour avoir provoqué des dégâts. Ironie du sort, le tournage de Wonder Man (la série) a été interrompu par les piquets de scénaristes en grève et a failli s’interrompre définitivement. Il faut croire à la puissance du karma.

Tout cela est à la fois léger et parfois un peu attendu. Le chemin tracé par les 7 épisodes conduit du casting du film Wonder Man à sa sortie officielle au célébrissime Chinese Theater sur Hollywood Boulevard. Simultanément, il nous mène de la rencontre de deux étrangers, Simon et Trevor, au scellement de leur amitié. Les deux sont des apprentissages, où les rôles de maître et de disciple s’inversent. Trevor enseigne le métier d’acteur à Simon, Simon apprend l’amitié à un Trevor qui n’a jusque là fait que survivre en milieu hostile.
Le Chinese Theatre en haut, Simon à la sortie de la première de Wonder Man en bas
Une fois posé l’enjeu, le développement manque certainement d’inattendus, un épisode entier explique pourquoi les super-héros sont désormais interdits à Hollywood, un autre est consacré à une affaire de chantage à l’encontre de Simon, un autre à la visite d’une terrorisante journaliste du New York Times, toutes choses non-strictement nécessaires ou, du moins qui auraient pu être condensées de façon à ne pas laisser retomber la tension du récit.
Cette légère restriction admise, l’intrication de divers niveaux de fiction, des aspirations des individus à être (ou ne pas être) ce qu’ils sont (ou voudraient être, ou imaginent être) suffisent à entrebâiller la porte des âmes, et nous laisser goûter un instant au vertige. Cela suffit amplement.

Wonder Man bénéficie sans conteste du talent de ses acteurs et l’on partage de nôtre côté de l’écran la jubilation des scénaristes à concocter une histoire à multiples tiroirs. Les plus passionnés d’entre nous en profiteront pour revoir Macadam Cowboy et juger des ressemblances entre les deux couples de personnages interprétés l’un par Dustin Hoffman (Rico) et John Voight (Joe Buck) et l’autre par Ben Kingsley (Trevor Slattery) et Yahya Abdul-Mateen II ( Simon Williams).
Wonder Man est un mini-feuilleton étatsunien écrit et réalisé par Destin Daniel Cretton pour Disney+ et diffusé en 2026. Il est interprété notamment par : Yahya Abdul-Mateen II, Ben Kingsley, Zlatko Burić, X Mayo, Arian Moayed, Byron Bowers,…







