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Tiré d’un fait-divers, la micro série The Lady relate la dérive mentale d’une jeune femme issue d’un milieu populaire, devenue habilleuse puis assistante de la Duchesse d’York (la fameuse Sarah Fergusson) avant d’être congédiée puis de sombrer peu à peu dans un état psychologique chaotique et de finir par tuer un homme. Pour comprendre cette histoire, il est nécessaire de recourir à la psychologie, certes, mais peut-être aussi un peu à la sociologie. Dire que Jane Andrews est devenue folle est insuffisant, mais il est important de savoir qu’elle a toujours eu des penchants suicidaires. Sous l’effet de qui, de quoi son comportement dégrade-t-il ? De la honte de sa classe sociale ? De ne pouvoir échapper à son destin de vendeuse en grand magasin ? L’humiliation est une blessure que l’on ne peut éviter lorsqu’on est issu d’un milieu populaire. Une humiliation infligée au simple contact des classes supérieures mais aussi au sein de sa propre classe sociale où ce qui peut rabaisser l’autre compense souvent un complexe d’infériorité.

Les ouvrières de l’usine de poisson provoquent les vendeuses de Mark&Spencer

Les syndicats, les partis politiques s’attachent aux conditions matérielles des travailleurs : salaires, durée des congés, nombre d’années avant le départ en retraite, etc. Mais est-ce que l’amélioration des conditions matérielles de vie suffit ? Est-ce que les grands mouvements sociaux-politiques actuels portent sur les salaires ? Non. Le Trumpisme, les Gilets Jaunes, la montée de l’Extrême-Droite partout en Europe – et donc en France – ne relèvent pas d’un problème de niveau de vie. Ils sont le fruit d’un sentiment de déclassement, d’une longue humiliation transmise de génération en génération.

Le quartier où Jane vit avec ses parents, dans le Nord de l’Angleterre

Que Jane soit née dans un quartier ouvrier comme il en a été tant construit dans le Nord de l’Angleterre au XIXe siècle et qu’elle ait hérité de son accent, la stigmatisait dès sa naissance. Son travail de vendeuse chez Mark & Spencer la confinait dans une vie sans espoir de promotion sociale. Ses collègues se chargeaient de le lui rappeler à chaque instant.

Le départ pour la Capitale

Une petite annonce la conduit miraculeusement à un entretien d’embauche à Buckingham Palace, avec les conseillères de la Duchesse d’York, Sarah Ferguson, l’excentrique des années Lady Di. Embauchée comme habilleuse, elle découvre le beau monde londonien et s’imagine en faire partie.

Jane (Mia McKenna-Bruce) rencontre inopinément la Duchesse d’York (Natalie Dormer) à l’occasion de son entretien d’embauche

Jane et Sarah sympathisent, Jane progresse dans la hiérarchie de l’entourage de la princesse jusqu’aux fonctions d’assistante et de confidente. Les deux femmes ne se séparent plus mais l’une de deux sait parfaitement où se situe la limite. Une scène éclaire la psychologie de Jane au moment où les deux femmes sont les plus intimes. Profitant d’une absence de Sarah Fergusson, Jane enfile l’une de ses vestes. Elle se fait évidemment surprendre mais rattrape la situation en prétextant des poignets à raccourcir. La scène en évoque une autre, celle de la très belle série Ripley où le personnage principal enfile un costume de son hôte pour vérifier à quel point il lui ressemble et, éventuellement, s’il pourrait se substituer à lui.

Pendant l’absence de la Duchesse, Jane enfile l’une de ses vestes.

Simultanément à sa passionnante vie professionnelle, Jane recherche de l’homme avec lequel elle pourrait vivre. La friction de ces deux dimensions de sa vie, la publique et la privée, produira le mot de trop, l’étincelle qui détruira sa relation avec la Duchesse.

Elle est congédiée pour avoir demandé et pris quelques jours de vacances. Jane n’a pas compris qu’elle appartenait entièrement à son employeuse. Désormais privée de revenus, elle poursuit plus activement sa quête de l’homme idéal qui lui assurera une vie confortable. Son instabilité émotionnelle fait alterner l’enthousiasme à des crises de possessivité qui ruinent chacune de ses relations, l’une après l’autre, jusqu’à la tragédie finale où son dernier amant, Thomas, laissera la vie. Chaque fois, la crise nait d’un sentiment d’abandon et d’un manque de considération à son égard.

Crise entre Thomas Cressman (Ed Speleers) et Jane après qu’elle ait fouillé dans son ordinateur

La série se concentre sur Jane, traite sommairement Sarah Fergusson, développe peu les trois hommes de la vie sentimentale de Jane. Le choix de faire alterner l’enquête de police sur le meurtre et le récit de la vie de Jane, est peu convainquant. Les scènes de commissariat, visuellement sans intérêt, n’apprennent rien ; les interrogatoires des témoins tournent à vide. Il ne reste finalement au centre du récit que ce personnage compact, ce bloc d’anxiété prêt à exploser à tout instant, qu’est Jane Andrews.

Son état psychologique sombre au fil de ses rencontres masculines. Après son échec professionnel, son rêve de couple et de famille idéale est un faux grossier qui ne parvient pas à compenser le rêve aboli de Buckingham Palace. Rien sur cette Terre ne peut répondre à la soif de reconnaissance de Jane.

Thomas appelle la police

Thomas appelle la police pour qu’elle vienne les séparer afin qu’ils ne s’entretuent pas. La police ne se dérange pas. Jane tue Thomas.

La petite prolétaire du Nord de l’Angleterre a goûté au luxe suprême. Le conte de fée n’a pas duré bien longtemps. Cendrillon est devenue meurtrière à défaut de se suicider. « Cette femme a été humiliée… et elle s’est vengée » explique simplement le commissaire de police à la presse, après les interrogatoires. C’est cela, en effet, mais pas seulement.

L’explication dans les dernières minutes de la série, lors d’une conversation de Jane avec une psychiatre, en prison. Suite à des examens, cette spécialiste a décelé chez elle un « trouble de la personnalité border line » qui correspond très exactement à ce que le spectateur sait d’elle. Ce trouble est en effet défini comme une affection mentale caractérisée par un schéma omniprésent d’instabilité dans les relations, l’image de soi, les humeurs, le comportement et l’hypersensibilité à la possibilité du rejet et de l’abandon. Soudain, tout s’éclaire !…mais c’est un peu tard.

Jane et la psychiatre (July Namir)

Cette scène d’explication tardive de la bouche d’une psychiatre rappelle la fin de Psychose, d’Hitchcock. Plutôt que de clore sur le gros plan inquiétant de Norman Bates qui semblait fait pour cela, le film enchaîne avec un long « tunnel » au cours duquel un psychiatre explique la folie meurtrière de Norman Bates. Cette scène est considérée comme le modèle de ce qu’il ne faut pas faire parce qu’outre sa longueur, expliquer en toute fin ce qu’un film n’a pas pu exprimer par lui même est un aveu d’échec. (1)

Dans la réalité, le pourvoi en appel fondé sur ces nouvelles preuves psychiatriques fut refusé. Brièvement évadée en 2009 puis libérée en 2015, après 14 ans de prison, Jane eut droit à quelques années supplémentaires de prison suite à des accusations non prouvées de harcèlement de la part d’un ex-petit ami.

Au cours de son procès, Jane fait référence à des agressions sexuelles qu’elles aurait subi vers 8 ans. Elle n’en apporte pas la preuve mais on garde tout de même à l’idée que tout ce dont elle souffre, notamment les pulsions qui lui font détruire ses rapports sentimentaux trouvent des correspondances, des origines, des causes dans la société dans laquelle elle vit. La nôtre.

PS : Lorsque furent connus les liens entre Sarah Fergusson, Duchesse d’York, avec Jeffrey Epstein, l’actrice Nathalie Dromer, qui interpréta son rôle, refusa dès lors d’assurer la promotion de la série.

Note : 1 – En réalité, Psychose a été tourné dans les conditions de l’anthologie télévisuelle Hitchcock Presents et Hitchcock l’a allongé pour atteindre la durée d’un long métrage (1). Lire à ce sujet https://fenetresurecran.wordpress.com/2019/09/01/psychose-un-film-televisuel

The Lady est une micro-série en quatre épisodes conçue par Debbie O’Malley, réalisée par Lee Haven Jones et diffusée sur ITVX en mars 2026 puis HBO Max. Elle est interprétée notamment par : Mia McKenna-Bruce, Natalie Dormer, Ed Speleers, Philip Glenister, Claire Skinner, Daniel Ryan, Laura Aikman, Ophelia Lovibond, Mark Stanley, Sean Teale, July Namir

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