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Je n′aurais pas écrit sur Hightown si je n′étais tombé sur une interview de son auteure Rebecca Cutter où elle explique ses relations avec Cape Cod, la péninsule où se déroule l′action. Elevée aux alentours de Boston, raconte-elle, elle avait fréquenté le cap en touriste durant des décennies et bien connu Princetown, la petite ville qui en occupe la pointe extrême, avant de se marier avec un homme du coin et de découvrir peu à peu l′autre face d’une région qui, une fois éteintes les fêtes estivales de la colonie homosexuelle, se résume au froid, à l’isolement, au chômage, à un alcoolisme exponentiel et au ravages des opioïdes. Le tableau est bien éloigné des images des magazines des années 60 où l′on voyait la famille Kennedy s′adonner au plaisir de la voile au large de Hyannis.
Rebecca Cutter, qui a connu des problèmes de dépendance, sait de quoi elle parle lorsqu′elle dépeint son héroïne, Jackie Quiñones, un agent du service des pêches, fêtarde invétérée, alcoolique, cocaïnomane et grande collectionneuse de conquêtes (féminines) d′un soir. Elle connaît les lieux, le métier (son beau-père est agent du service des pêches), les personnages, les tentations, l′emprise de l′accoutumance.

La trajectoire de la comète Jackie vient buter sur un premier écueil : la découverte, au petit matin, sur le rivage, du corps d′une jeune femme assassinée. Dépêché sur place, l′inspecteur Ray Abruzzo reconnaît, lui, immédiatement la victime puisqu′il s′agit de Sherry Henry, son indic et témoin clef contre Frankie Cuevas , le parrain local du trafic de drogue, actuellement derrière les barreaux mais probable commanditaire du meurtre.

La comète Jackie poursuit sa course entre les feux d′artifice, perdant peu à peu de sa substance vitale. À force de drogue et d′alcool, elle finit par provoquer un spectaculaire accident ou sa passagère et elle manquent de laisser leur vie. Elle est privée de permis, relevée de ses fonctions et devra passer en procès. Une cure de désintoxication s′impose pour amadouer les juges. Jackie s′inscrit pour la forme.
Le hasard fait qu′elle découvre dans l′établissement de soins la photo de Krista, une ancienne pensionnaire, et que celle-ci porte au cou le même pendentif avec le même prénom que le cadavre découvert sur la plage. Sans plus réfléchir ni penser un seul instant prévenir la police, Jackie va se lancer dans son enquête personnelle.
Du côté de la police officielle, Ray Abbruzo ayant perdu son indicatrice, prend le risque de faire chanter Renée, la femme de Frankie, strip-teaseuse de son métier, pour obtenir d′elle de quoi alimenter ses recherches. Son patron a insisté pour que de nouveaux indics soient recrutés. Ce ne serait qu′une démarche classique pour Ray, s’il respectait scrupuleusement les limites du genre.

Ainsi, avec le même objectif de faire lourdement condamner Frankie Cuevas, Ray et Jackie vont s′engager chacun de son côté sur des voies parallèles aussi risquées pour l′un que pour l′autre.
D′autres personnages émergent au fil du temps, tels qu′Osito, le lieutenant de Franckie, un énorme noir d′origine dominicaine, Junior, un copain d′école de Jackie, marin pêcheur et dealeur à ses heures, Kizzle, une petite frappe détraquée, Alan Saintille, un collègue de Ray, contrepoint de celui-ci en termes de sang-froid et de respect des procédures, Krista, la témoin du meurtre de Sherry, fragile égarée, livrée aux hasards de la rue. Le point commun de tous ces personnages – et c′est ce qui fait l′intérêt de Hightown – est leur rapport à leur ligne de conduite. Chacun a en effet la sienne.

Osito, par exemple, a intégré les règles de la Mafia en regardant Le Parrain. Il rappelle dès qu′il le peut qu′il faut suivre le « code » et que celui-ci a pour première règle l′obéissance au chef. Plus tard, c′est en trahissant lui-même ce code qu′il précipitera sa chute.

S′étant fait plaquer par sa femme en raison de ses problèmes de drogue, Junior a suivi une cure de désintoxication, il tente désormais de retrouver sa famille, d’être un bon père, un bon mari et il prêche de prisons en réunions d′Alcooliques Anonymes, mais pour autant, il ne parvient pas à rompre entièrement avec sa vie d’avant et un milieu qui ne compte pas le laisser s’échapper.

Renée reste fidèle au père de son fils mais elle se laisse peu à peu piéger par les manœuvres de séduction de Ray, quant à celui-ci, tombé amoureux de sa proie, il commet faute de procédure sur faute de déontologie. Pour ne pas avoir respecté les règles morales, ni procédurales, il réduit l′enquête à néant, se retrouve mis à pied et voit son ennemi Frankie libéré de prison, gâchis qui lui vaut le désaveu de tous ses collègues. Quand à Renée, la fine mouche, elle réintègre son rôle d’épouse et de mère avec moins de difficulté que de ré-ajuster son chignon.

De rechute en rechute, Jackie, voit son monde s′écrouler autour d′elle, en bonne partie du fait de son incapacité gérer ses pulsions. Elle qui théorisait la débauche comme règle de vie se retrouve incapable d′assumer les désastreuses conséquences de ses actes. Ses périodes de sobriété sont aussi celles où elle enquête sur le meurtre qui est venu à sa rencontre. Son « obsession des drogues et de l’alcool alterne avec son obsession de trouver des réponses” explique Rebecca Cutter. Si l’idée était défendable, il aurait fallu qu’elle repose sur un arrière-plan psychologique beaucoup plus fouillé… à défaut, on se contente d’admettre bon gré mal gré les aller-retours du personnage entre ses deux facettes.

On le constate, chaque personnage a une ligne de conduite à suivre, qu′il s′est fixé ou que son groupe social lui impose, et il effectue chaque jour le choix de s′y conformer ou pas mais aussi d′assumer les conséquences de ses décisions. Toutes ces lignes ne coïncident pas mais elle ne se contredisent pas réellement non plus, elles se chevauchent, se croisent, semblent tenir l′une de l′autre, y compris celle du tueur Osito et celle du flic Ray, qui paraissent les plus contradictoires.
Cette construction du récit ressemble à un mikado dont la cohérence tiendrait à l′équilibre ou au déséquilibre de chaque personnage, au respect ou non de la morale à laquelle il se réfère. Il suffit que l′un déroge à sa ligne de conduite au profit de ses pulsions ou de ses intérêts, qu′il bascule d′un côté ou de l′autre, pour entraîner non seulement sa chute mais aussi celle de ses voisins et que la composition entière, un instant bousculée, se rétablisse dans un ordre différent. C’est une forme de narration particulière où aucun camp ne l’emporte jamais tout à fait. Ce qui est gagné d’un côté compense la plupart du temps ce qui vient d’être perdu. L’arrestation d’Osito et la mort de Kizzle compensent la libération de Frankie, par exemple. Ce n’est pas toujours le cas. Que compense la mort de Junior dont on ne saura jamais si elle est un crime ou un suicide? Rien, elle pourrait relever de l’inéluctable gâchis propre aux histoires de drogue. À moins, il est vrai, qu’y réponde la rédemption finale de son amie Jackie, celle qui n’a pas été là pour le sauver, celle qui s’est fait publiquement accuser par la veuve de Junior lors de l’enterrement, mais que l’on découvre quelques jours plus tard débarrassée de ses addictions et désormais armée pour combattre l’emprise de la drogue sur le Cape Cod.

Hightown est un feuilleton américain créé par Rebecca Cutter, produit par Jerry Brukenheimer pour Starz qui l′a diffusé en 2020. Il est interprété notamment par Monica Raymund, James Badge Dale., Shane Harper, Riley Voelkel, Atkins Estimond, Amaury Nolasc, Dohn Norwood …

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