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De la guerre en temps de paix

 


Secret State est une mini-série en quatre épisodes à mi-chemin de Borgen et de House of Cards. De la première on retrouve les mêmes politiciens, un régime parlementaire similaires et de semblables contradictions entre les convictions et la réalité du pouvoir. Du second, on reconnaît l’obsession des complots et des coups tordus qui anime les sphères du pouvoir, la jubilation en moins mais avec une semblable froideur d’exécution.

Tom Dawkins, le vice-premier ministre britannique, est confronté à quelques heures d’intervalle à l’explosion de l’usine chimique qui dévaste une ville et au crash de l’avion du premier ministre. Il se retrouve donc contraint de le remplacer au pied levé, lui qui ne visait aucunement cette responsabilité. N’ayant pour titres qu’un grade de capitaine, le nouveau premier ministre fait figure d’homme simple et honnête tombé au milieu du lac aux requins. D’une certaine façon, il n’est pas sans rappeler le Mister Smith de Capra, l’idéalisme en moins. Au sein du gouvernement qu’il préside désormais, la plupart de ses ministres sont des rivaux potentiels et les complots ne cessent de prospérer dans ce bouillon de culture. Pour faire face à ces rivaux mais surtout aux dirigeants de Petroflex, la société propriétaire de l’usine détruite, et de son soutien, la Royal Bank of Caledonia, Tom Dawkins ne peut compter que sur une journaliste, une jeune espionne idéaliste et un ancien du MI5, alcoolique invétéré et ancien compagnon d’armes. Ce qu’ignore hélas Tom Dawkins, c’est qu’il est écouté, que ses alliés sont écoutés et que les intérêts de l’État ne peuvent que coïncider avec ceux des capitalistes.

Posée de façon plus désabusée que dans Borgen et moins immorale que dans House of Cards, la vie politique dépeinte dans Secret State ajoute un tome à la bibliothèque déjà bien remplie des dénonciations des dérives de la démocratie capitaliste, toujours manipulée par des groupes d’intérêts où le cynisme le dispute à l’avidité.

– “ Vous vous installez dans ce pays, alors vous devez en supporter les règles, insiste le premier ministre face au dirigeant de Petroflex.

– Les géants du pétrole pourraient acheter et vendre ce pays… et vous avec. Soyez déjà heureux qu’on fasse semblant d’être concernés. ” s’entend-il répondre, après qu’on lui ait également précisé que Petroflex pourrait à tout moment choisir de s’installer en Pologne.

Autre adepte du chantage à la délocalisation, le patron de la banque explique à son tour que les milliards investis par le gouvernement dans sa banque perdront toute valeur si l’action chute. Oubliées les promesses de 2008 lorsque les banques ont été sauvées par les États. Il n’y a là hélas rien que nous ne sachions déjà.

Tom Dawkin a beau menacer, tempêter, exiger le gel des avoirs, menacer de nationaliser, faire valoir qu’il représente le peuple, les hommes d’affaires lui rient au nez. Et lorsque l’on estime qu’il pousse trop loin, la menace d’une guerre s’invite, l’ancien du MI5 est battu à mort, des révélations sur le passé de Tom Dawkins sortent dans la presse, la petite espionne doit s’enfuir, la journaliste est brièvement arrêtée. Chacun de ces petits résistants à l’ordre économique mondial paie de prix de son engagement.

secret state 2

Les discours de Tom Dawkins, notamment son dernier à la Chambre des Communes, le plus poignant, n’y changeront rien. Son idéal d’une démocratie débarrassée des multinationales et des banques mais aussi des administrations et des syndicats, n’est au fond qu’une forme de populisme. Exiger de chaque député qu’il représente effectivement ses électeurs et n’exprime que leur volonté est un leurre dans le cadre de la démocratie représentative. Les députés sont eux-aussi l’État, tout autant le gouvernement, l’administration, l’armée, les services secrets, les banques et les entreprises, ils n’en défendent strictement que les intérêts. Et tant que la Reine ne se sera pas convertie aux thèses de Bakounine, il y a peu de chances que les choses soient autrement.

 

Secret State est une mini-série britannique en quatre parties diffusée en 2012 par Channel 4. Adaptée du roman de Chris Mullin, « A Very British Coup », elle est interprétée par Gabriel Byrne, Douglas Hodge, Gina McKee, Sylvestra Le Touzel, Rupert Graves, Charles Dance, Ruth Negga,…

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