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In God we trust

 

IN GOD WE TRUST

 

Je n’ai jamais lu un livre de Stephen King et il est probable que je n’en lirai jamais. Mon seul rapport avec cet auteur prolifique s’est fait au travers d’adaptations cinématographiques telles que Carrie et Shinning, et rien de tout cela ne m’a donné envie d’en savoir davantage. Or vient d’être diffusée une série TV directement adaptée d’un de ses romans et scénarisée par Stephen King lui-même épaulé par Brian K. Vaughan : Under the Dome. Est-ce une série novatrice ? Non. Est-ce une série passionnante ? Non plus. Est-ce une série remarquablement bien faite ou dont les enjeux esthétiques ou narratifs méritent qu’on s’y arrête ? Certainement pas. Under the Dome est une série banale, avec assez de fantastique pour qu’on puisse la qualifier de “ série fantastique ” mais pas suffisament pour effrayer quelqu’un comme moi. La première qualité d’une série banale étant de nous offrir sa recette sans trop de subterfuges, en ceci, elle devient passionnante.

Under the Dome reprend le schéma classique déjà éprouvé par Lost. Un groupe humain séparé du reste du monde pour dans des circonstances X et dont on va suivre l’adaptation à ses nouvelles conditions de vie. Réactions inévitables : panique, pillages, conflits, comportement asociaux, luttes pour le pouvoir, etc… avec, pour tenir éveillé le spectateur, les toutes aussi inévitables surprises : apparition de personnages imprévus et dévoilement des petits secrets de chacun.

Under the Dome est donc l’histoire d’une petite ville baptisée Chester Mill qui se voit brutalement coupée du monde par la chute d’un dôme transparent qui l’englobe, elle et sa région, et dont on ignore tout de la matière comme de la raison d’être. Tout est tenté pour le détruire ou le contourner, rien n’en vient à bout. Vers la fin, on apprendra qu’il peut s’agir d’un événement anticipé par des personnages qui étaient alors passés pour fous. En attendant de venir à bout de ce dôme, la vie collective doit s’organiser et c’est alors que tous les poncifs font surface.

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Le “ peuple ” se résume à la fois à un conglomérat d’égoïsmes et/ou à un troupeau de moutons. Chacun spécule sur la rareté des produits de première nécessité ou le vole au voisin mais quand le politicien en charge de la ville vire au dictateur, tous le suivent, reconnaissants d’être enfin guidés. Ce fond anti-démocratique se fonde sur des constantes religieuses : le mauvais guide contre le bon berger et l’extra-lucidité d’êtres élus. Pour dire les choses autrement, Stephen King fait du peuple une populace et de l’autorité légale un tyran maffieux. La Loi plie et cède devant ces deux forces conjuguées. D’autant que celle qui est en charge de l’appliquer, la toute nouvelle shériff, oscille entre l’impuissance et une redoutable naïveté. Il faut, pour que Chester Mill retrouve un minimum d’harmonie que se manifestent deux “ élus ” : un baroudeur et une journaliste. L’un et l’autre ont pêché par le passé mais ils se rachètent en se dévouant pour leurs concitoyens et sont choisis par le dôme pour sauver Chester Mill. À la Loi se substitue ainsi un ordre supérieur, issu d’une désignation divine. Le peuple ne peut être guidé que par un prophète.

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Que le genre fantastique regorge des thèmes bibliques et de tout ce qui lui tombe sous la main de superstitions ou de légendes archaïques n’est pas une découverte. Qu’importe la nature de la ou des puissance(s) spirituelles qui ont créé (ent) le dôme : esprits des morts, extra-terrestres, divinité, on comprend vite que cette force est omnisciente, omniprésente et qu’elle juge chacun à ses actes. Sa colère fait s’obscurcir le dome et le plonge dans la nuit ou déclenche de terribles tempêtes, sa mansuétude fait au contraire tomber la pluie quand nécessaire. Ce qui paraît véritablement inquiétant est l’idéologie messianique que cette série promeut.

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Une série chorale

Under The Dome est un récit choral, c’est à dire où nous suivons parallèlement plusieurs personnages. Comme dans Lost, encore une fois. Le récit se structure ainsi autour de groupes plus ou moins étanches : un groupe de jeunes gens prédestinés (dont un psychopathe), deux groupes d’adultes plus ou moins liés, les bons : une journaliste, notre vétéran des forces spéciales, une flic impuissante, la patronne de la radio locale et de l’autre côté les méchants : un politicien véreux apprenti dictateur, un pasteur corrompu, une chef de gang. Le reste de la population n’est composé que de figurants d’où émergent, pour les besoins de tel épisode, quelques figures furtives.

La série chorale possède un défaut originel : tous les personnages sont des personnages principaux. Les autres ne sont que des silhouettes dans le décor. Exit le personnage secondaire dont j’ai dit ici l’importance.

Il s’agit dès lors d’alterner les séquences de façon à ce que chacun reste suffisamment présent à l’esprit du spectateur, donc de faire progresser l’action en conséquence. Le résultat peut se révéler très artificiel. San personnages secondaires pour contextualiser et donner de l’épaisseur aux personnages principaux, ceux-ci se retrouvent seuls à exprimer ce qu’ils sont. Ils sont contraint à l’action permanente, à la fois pour être et pour soutenir l’intérêt dans la « fenêtre » qui leur est réservée. Solitude et concurrence : contrairement à ses apparences, qui sembleraient privilégier le groupe à l’individu, la série chorale est une organisation du récit de l’âge du libéralisme.

Dans le cas présent, les contraintes sont d’autant plus redoutables que le genre fantastique, peut-être davantage qu’un autre, réduit ses personnages à des types relativement immuables (le revenant, le vampire, le zombie, le psychopathe, etc…) et menace en permanence de verser dans le Grand Guignol, dont il est issu. On désespère devant Under the Dome de l’incapacité des personnages à comprendre, analyser, s’adapter et évoluer. Tout y devient insupportablement prévisible. Si la série est une forme qui encourage naturellement la répétition, elle suppose toutefois une invention permanente pour renouveler l’intérêt sans perdre la familiarité.

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Ne jamais laisser un romancier écrire un scénario

Pour en finir avec Under the Dome, on ne peut éviter d’en aborder l’écriture. Le nom de Stephen King, et sa renommée, ont sans doute subjugué les producteurs. Le résultat est indigent. On atteint le fond avec des cliffhangers (fins d’épisode introduisant un suspens) parmi les plus grossiers de l’histoire des séries tel celui de l’épisode 10 où, confronté à un phénomène étrange, l’un des personnages, en gros plan, s’exclame : “ Mais, qu’est-ce que cela signifie ? ” ou, pire, celui qui conclut la saison et qui montre le héros sur l’échafaud, la corde au coup, le bourreau hésitant à pousser le levier et le dictateur lui hurlant : “ vas-y, vas-y ! ”, sans que l’on sache, bien entendu, ce qui va suivre.

Les dialogues n’échappent pas à la parodie :

– “ Tu penses être une sorte de Dieu pour tous ces gens, mais on sait tous les deux qui tu es vraiment.

– Quoi… un criminel ?

– Pire que ça. Un politicien. ”

Le problème est moins dans la médiocrité des dialogues que dans l’idée que se font les auteurs de leurs spectateurs. A qui croient-ils s’adresser pour s’exprimer aussi démagogiquement ? À ce peuple qu’ils ont caricaturé dans leur propre histoire ?

 

Under the Dome est une série crée par Stephen King et Brian K. Vaughan, produite par Steven Spielberg et diffusée par CBS en 2013. Elle est interprétée par Mike Vogel, Rachelle Lefèvre, Mackenzie Lintz , Nathalie Martinez, Colin Ford, Brittany Robertson, Alexander Koch, Dean Norris, …

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