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L’homme à l’ère de sa reproduction bionique

 

Une pincée de Blade Runner, un brin de Äkta Människor, un soupcon de Minority Report, un doigt de NICS et voici Almost Human, série de science fiction que l’on rangera aussitôt au rayon des séries B.

Nous sommes en 2048, la criminalité a explosé, la police double ses effectifs d’androïdes. L’histoire est celle d’un policier, modérément respectueux du règlement mais courageux, qui a perdu son meilleur ami et collègue dans une mission. On lui attribue un partenaire androïde d’un modèle inusité après qu’il ait détruit le précédent. Les deux vont avoir des rapports difficiles mais très rapidement se respecter.

 

De la série B à l’ère télévisuelle

Comment définir une série B sinon en postulant simplement que cette catégorie emprunte délibérément sans trop se soucier d’inventer. C’est un patchwork d’idées récoltées de-ci de-là et plus ou moins astucieusement assemblées sur un canevas éprouvé, tel que celui que je viens de décrire sommairement. Une série B ne prend finalement aucun risque, brode sur le motif mais ne crée rien, ni d’ordre esthétique, ni d’ordre narratif, ni d’ordre réflexif. Cela ne veut pas dire qu’elle ne soit pas digne d’intérêt. Une série aussi consternante que le Battlestar Galactica originel, de 1978, pitoyable déclinaison de Star Wars, a accouché des décennies plus tard de la grande série métaphysique des années 2004-2009.

Ceci étant, puisqu’il s’agit de définir ce qui fait une série B, on pourrait avancer qu’en premier lieu elle réduit ce qui faisait l’intention d’un récit à ses signes superficiels. Almost Human reprend les androïdes d’Akta Människor mais n’en fait rien. Alors que la série suédoise fouillait tous les aspects des rapports entre humains et androïdes, la série américaine plaque ses androïdes sur de banales histoires policières. Usé d’avoir trop servi, le thème de la confrontation de deux personnages que tout oppose et qui finiront par se comprendre est remis à contribution. Cette trame joua certainement une fonction non négligeable dans le cadre des rapports inter-communautaires aux USA mais comment s’y laisser encore prendre ?

La fonction de la série B serait donc de banaliser son modèle, d’en lever les ombres, de le simplifier. Almost Human y réussit, hélas, parfaitement. L’androïde troublant d’Äkta Människor devient ici un bon copain. Et noir en plus. Les auteurs auraient veillé à tenir la ligne politiquement correcte, ils auraient évité de subordonner un androïde noir à un policier humain blanc, mais c’est ainsi.

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La série B se déduit naturellement du cadre économique de la production télévisuelle. La voracité de cette industrie, contrainte de diffuser chaque jour 24 heures de programmes multiplié par le nombre de chaînes, exige une production massive ponctuée, de temps à autre, de chefs d’oeuvres autour desquels se réorganise l’ensemble. Du temps de Republic Pictures et de ses consoeurs du “ Poverty Row ”, la fabrication des serials destinés aux adolescents, relevait des mêmes logiques de production. Les séries B sont les parents pauvres de la télévision. Ce qui n’en fait pas les moins intéressants. Bien au contraire.

Almost Human vise d’abord le public des adolescents en réponse à un Äkta Människor qui concernait de toute évidence les adultes. Tout comme le Battlestar Galactica version 1978 était conçu pour le public de Star Wars, tandis que la version 2004 s’adressait, elle, aux adultes.

Autre facteur d’importance pour comprendre la Série B : le recyclage des histoires, la multiplication des séries dérivées, ces spin-off qui fleurissent dès qu’une production remporte un large succès ( Friends/Joey, Dallas/ Dallas nouvelle génération, Les Experts Miami/ Les Experts Las Vegas/ Les Experts New York, Star Trek : La Nouvelle Génération/Star Trek : Deep Space Nine/ Star Trek : Voyager/Entreprise, etc…). Le recyclage est constitutif de l’industrie télévisuelle, comme elle l’est de toute la culture populaire.

Almost Human réunit toutes ces conditions.

 

Nature contre Culture

Ceci ayant été dit, et sans vouloir exagérer ce qui reste encore un phénomène restreint, l’apparition récurrente d’androïdes ou de personnages génétiquement modifiés dans les séries ou au cinéma est un signe. Le transhumanisme est devenu un sujet. Certes, le phénomène n’est pas neuf. L’Homme qui valait trois milliards, son spin-off Super Jaimie ou Bionic Woman nous avaient familiarisés avec des héros mi-chair, mi-titane. Mais ce n’étaient que des demi-super-héros, des Superman ou Spiderman à échelle plus humaine. À l’heure actuelle, en revanche, avec l’avancée des recherches génétiques et de la robotique, la fascination envers les transformations techno-génétiques de la chair humain prennent corps, si l’on peut dire. Nature contre Culture, nous y revoilà. Les séries, à commencer par les B, explorent à leur façon ce monde qui se dessine et posent les premières briques des récits qui, nécessairement, le sous-tiendront.

Je cite Libération, en 2011 : « L’aventure, qui prend des allures d’une course avec le projet Human Cognome aux Etats-Unis, est comparée à la conquête de la Lune. Orateur volontiers iconoclaste, Henry Markram prédit : «D’ici dix ans, nous pourrons savoir si la conscience peut être simulée dans un ordinateur.» Ces recherches nourrissent les spéculations les plus outrancières du transhumanisme, courant de pensée né dans la Silicon Valley à la fin des années 80. Certains y détectent les prémices de l’uploading, scénario selon lequel le contenu d’un cerveau humain pourra être transféré sur un autre support, téléchargé sur un ordinateur, dématérialisé dans le cyberespace ou réimplanté sur un corps robotique inaltérable. Et de toucher du doigt le plus vieux rêve de l’humanité : l’immortalité. » (1)

Face à ces anticipations, le sourire du sceptique ne suffit pas. L’esthétique de 2001 Odyssée de l’Espace, avec ses vaisseaux spatiaux immaculés, a été celle de la NASA, des années plus tard. La télévision n’a pas été inventée parce que Berzelius a découvert le sélénium mais parce que depuis la nuit des temps, l’homme rêvait de voir à distance. Le mythe d’Icare a précédé, et de loin, les frères Montgolfier. Il faut un projet, probablement même une esthétique. La science-fiction ouvre le chemin des recherches tout en réfléchissant sur notre présent. Elle invente des axes de réflexion, pose des images, pousse à un futur. Est-ce l’évolution rationnelle des sciences qui nous entraîne vers le futur ou ne serait-ce pas plutôt la fiction, c’est à dire l’expression de nos désirs ?

C’est là qu’une série comme Almost Human joue son modeste mais indispensable rôle vulgarisateur.

Almost Human est une série crée par J.H.Wyman et diffusée en 2013 par la Fox. Elle est interprétée notamment par Karl Urban, Michael Ealy, Lili Taylor, Mackenzie Crook, etc…

Note :

1 – Libération du 18 juin 2011 : http://www.liberation.fr/culture/2011/06/18/transhumanistes-sans-gene_743496

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