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Steve Jobs fait un cauchemar

 

Mr. Robot

 

Je ressens la sensation.

Combattre ou abandonner.

C’est constant.

Je devrais juste choisir.

Moi, Elliot Alderson, j’abandonne.

Je suis la peur.

Je suis anxieux, terrorisé, paniqué.

Ainsi s’exprime Elliot Alderson, le héros de Mr.Robot. Si Mr.Robot nécessite une référence, c’est vers American Psycho de Brett Eaton Ellis ou Requiem for a Dream d’Hubert Selby Jr. qu’il faut se tourner. De l’univers des traders ou des camés, on passe à celui des hackers mais c’est la même folie hantée par la drogue, la solitude et l’hallucination du monde. Savoir si le héros, est un portrait réussi du hacker n’a aucune importance. John Wayne était-il le portrait conforme du cow-boy ? Certainement pas au regard des historiens. Tout à fait aux nôtres.

La télévision est et n’est pas un miroir. D’ailleurs, ce qui nous intéresse dans cette histoire n’est pas de savoir si les termes et les processus techniques sont conformes à la réalité, on fait crédit aux scénaristes de s’être informés a minima, mais de saisir en quoi nous nous y reconnaissons.

Décrivons donc Elliot Alderson, le hacker héros de Mr.Robot :

Mr. Robot

Elliot est un nerd, c’est à dire un inadapté social qui préfère son cocon internet aux relations humaines. Il est âgé d’une trentaine d’années. il porte un sweat-shirt avec capuche et loge dans une chambre minable. Il ne supporte pas les contacts physiques et analyse longuement le comportement des autres avant d’adapter ses attitudes. Il tape des lignes de code incompréhensibles et se montre capable de pirater n’importe quel ordinateur aussi verrouillé soit-il. C’est là d’ailleurs une de ses activités principales : espionner la vie des autres. Il intègre FSociety, un groupuscule qui aspire à détruire le pouvoir des multinationales au moyen des technologies numériques mais il travaille officiellement pour une société de sécurité informatique. Il tient debout à grand renfort de Suboxone et de morphine. “ Fuck society ” est sa phrase d’introduction dans la série.

C’est par lui que nous entrons et suivons le récit, portés par sa voix intérieure.

Mr. Robot

Son opposé, le contre-héros de Mr.Robot est un cadre supérieur de Evil Group (!), multinationale dominatrice dont Google, par exemple, serait une préfiguration crédible. Cynique et arriviste à souhait, Tyrell est bien évidemment concentré sur son ascension sociale. Il évolue au milieu des requins de son espèce avec plus de maîtrise de soi que la moyenne, raison pour laquelle, probablement, les scénaristes ont choisi d’en faire un suédois. Ce contrôle de soi se paie en retour d’explosions de violence incontrôlées qui pourraient à terme lui porter préjudice..Au travers de ces deux personnages, des mondes rivaux se dessinent : celui des cadres des multinationales, arrogants et grossiers, et celui des hackers, inadaptés sociaux à l’idéologie insaisissable. Le haut et le bas de l’échelle en système néo-libéral. Les premiers sont d’autant plus convaincus de leur intégration sociale qu’ils dominent la chaîne alimentaire, les seconds s’échappent de la chaîne alimentaire par le trou de serrure d’une fausse adresse IP.

Le parallèle Fsociety et les Anonymous est trop flagrant, jusqu’au masque dont s’affuble le porte-parole de FSociety lorsqu’il intervient sur les écrans. Mais au-delà d’un affrontement entre le Bien et le Mal, dont les limbes seraient d’un côté le New Age et de l’autre le complotisme, il semble que bien des choses passent à la trappe.

Mr. Robot

Qu’importe, revenons-en à John Wayne.

Car encore une fois, les systèmes s’identifient au travers d’individus. Elliot le sociopathe répond à Tyrell le sociopathe. Chacun sa sociopathie. Du fait de son inaptitude à aborder les autres, Elliot en viole l’intimité en s’introduisant dans leurs ordinateurs pour comprendre leur fonctionnement. Pour lui, les individus sont des sommes d’informations auxquelles il se fait fort d’accéder à tout moment. À charge pour lui, ensuite, de conformer son attitude à ce qu’il sait d’eux.

Simultanément, du fait de son insatiable désir de promotion sociale et de son indifférence à autrui, Tyrell les élimine comme de simple pions au fil de son ascension. Il ne négocie pas, il force la porte d’entrée.

Somme toute, les comportements des deux personnages sont symétriques. Leur rapport à l’autre butte sur le même obstacle : l’autre, le visage de l’autre, sa nudité réelle, sa fragilité. Relisons maintenant Levinas. Vite.

Parvenu à un certain point de la saison, on s’inquiète des buts poursuivis par les deux personnages. Tyrell finit même par interroger Eliott sur le sujet. L’ascension sociale n’est pas le réel objectif de Tyrell, ce serait davantage une volonté de pouvoir, ce qui est – mais pas totalement – la même chose. Quant au “ fuck society ! ” d’Eliott, il est un peu court, idéologiquement, pour suffire à nourrir un personnage. Sa volonté de maîtrise, sur lui-même comme sur les autres dont il viole sans cesse les existences rejoint finalement celle de son alter-ego, Tyrell. Tous les deux ne sont-ils pas les facettes d’un seul et même individu ?

Mr. Robot

Les deux derniers épisodes de la saison donnent un début de réponse. Eliott pourrait n’être qu’un fonctionnement, une incarnation de processus informatiques. Son amnésie est semblable à celle d’un disque dur accidentellement effacé. Ses intrusions permanentes dans la vie d’autrui sont semblables à celles que nous infligent quotidiennement tous les services en ligne. Son trouble d’identité évoque la volatilité des informations, l’anonymat des serveurs, la virtualité de tout ce système d’organisation, de pensée, de circulation. Eliott est-il réel ou virtuel ? Ce qui se passe pour lui est-il réel ou virtuel ? Tout ce récit, au fond, a-t-il un quelconque rapport avec une objectivité indépendante des hallucinations ?

Jamais, me semble-t-il une série n’aura mieux touché à ce que nous sommes ou devenons. Il faut s’accommoder des quelques clichés du début pour apprécier la lente glissade qu’elle nous propose dans le monde étrange et inquiétant que devient le nôtre.

Mr Robot est une série américaine crée par Sam Esmail pour USA network et diffusée en 2015. Elle est interprétée notamment par Rami Malek, Christian Slater, Frankie Shaw, Portia Doubleday, Carly Chaikin, Martin Wallström…

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