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A-t-on le monde que l’on mérite ?

 

True Detective S02

 

J‘avais prévenu contre le préjugé favorable dont bénéficiait True Detective, fausse grande série que l’estampille HBO suffisait à faire passer pour un vrai chef d’oeuvre aux yeux des nouveaux convertis.

La première saison de True Detective enfilait les clichés comme des perles mais ce n’était même pas là le motif de mon insatisfaction. Le problème de True Detective ne tenait pas, à mon sens, à un éventuel manque d’originalité mais à une faiblesse plus conséquente : l’intervalle flagrant entre le récit et ses moyens : le jeu des acteurs, la prise de vue, le son. Autant ceux-ci me semblaient intenses, capables de plus grandes prouesses, autant la conduite du récit fluctuait, laissant s’agrandir les béances au fil de sa progression.

La saison 2 de True Detective confirme mon opinion. Elle se transfère du Mississippi en Californie, terre de prédilection du polar. La distribution, emmenée par les excellents Collin Farrel et Vince Vaughn, est d’une qualité incontestable. L’histoire réunit quatre personnages aux antipodes les uns des autres : Ray Velcoro, un inspecteur alcoolique, corrompu et brutal, père d’un enfant né du viol de sa femme, Any Bezzerides, une collègue rigoureuse mais affligée d’une famille chaotique, Paul Woodrugh, un jeunot quasi-pychopathe et enfin le truand Frank Semyon, dont Ray Velcoro est l’informateur à ses heures perdues. De la paire, on est passé au quatuor, ce qui n’est pas sans conséquences. L’affrontement tragique ne se livre habituellement qu’à deux – champ/contre-champ – comme sur un ring de boxe. Prendre le risque de le transformer en un réseau plus large d’interactions est prendre aussi le risque de la dilution.

True Detective S02

Tout commence lorsqu’au moment où une mafia russe vient conclure un juteux marché de terrains, l’homme de confiance de Frank Semyon est assassiné. Il emporte dans la tombe les millions de dollars de son patron.

Les premiers épisodes tentent de mettre en place la ligne narrative propre à chaque personnage dont le seul point commun est de s’imbiber d’alcool. Les informations s’accumulent, sans se soucier du tableau d’ensemble. Au fil des séquences, tandis que l’on tente de se familiariser avec les personnages, une impression de vide s’installe. Les acteurs restent figés dans leurs attitudes premières, comme en suspend au dessus d’un récit filandreux, incapable de les rassembler dans le même flux. Frank Semyon accumule les déboires, Ray Velcoro perd simultanément la garde de son fils et son statut de policier, Any glisse doucement vers la porte, elle aussi, de la police, Paul se fait plaquer par sa fiancée, voler par sa mère et séduire par un garçon.

True Detective S02

On attend que quelque chose se noue. Cela n’arrive que rarement et chaque fois à l’occasion d’une scène violente comme la fusillade de l’épisode 4 à l’image de, la saison 1, qui avait échappé à l’ennui par la vertu d’un plan-séquence de fusillade immédiatement qualifié d’ “ historique ” par la critique. Cette fois on a le droit au contraire du plan-séquence : un montage très rapide et serré digne des escaliers d’Odessa. Presque. L’image, le son et le montage, dans la fièvre de l’action, emportent les personnages, les soudent, se mettent soudain à raconter quelque chose d’eux.

True Detective S02

Les fausses pistes continuent néanmoins à s’accumuler : Pourquoi cette histoire du fils de Ray, né à la suite du viol de sa femme et dont Ray refuse de lâcher la paternité alors qu’il a liquidé de ses propres mains le “ père ” biologique ? Cela aurait suffit à nourrir tout un film. True Detective lance le sujet, y revient ponctuellement sans plus. Idem pour le père d’Any, gourou rescapé des années 70, qui a pu fréquenter à l’époque certains des suspects mais dont le rôle s’arrête là. Et le tueur au masque d’oiseau qui tue Ray au deuxième épisode avant que le même Ray ne ressuscite dans l’épisode suivant et que l’on découvre qu’il s’agissait de balles en caoutchouc ?! Et ce Paul, qui se découvre des attirances homosexuelles en même temps que sa petite amie lui annonce qu’elle est enceinte ?

True Detective S02

Il faut attendre l’épisode 7, l’avant-dernier de la saison, pour que quelque chose prenne corps. Tous les héros sont désormais sur la touche. À force d’enquêter là où il ne le faut pas, Ray et Any sont en fuite, recherchés par la police, Paul a été abattu et Frank Semyon, ruiné, ne peut plus échapper au gouffre qui, depuis le début de l’histoire, ne cesse de l’aspirer. Cela signifie qu’il aura fallu six fois une heure pour s’extraire de l’exposition pour basculer directement dans la résolution. Jusqu’alors, les personnages subissaient. Leur enquête ne reposait sur rien et ne mettait pas rand chose en lumière si ce n’est la corruption généralisée de la classe politique et de la police. Désormais, il constituent un groupe cohérent, porté par une volonté commune. Frank Semyon met le feu à ses deux clubs, Any et Ray entament une liaison. L’assassinat de Paul, lui, supprime un personnage dont on n’avait pas encore saisi tous les ressorts.

True Detective S02

Les auteurs ont donc tout misé sur l’épisode final. Coup de poker de 8 heures. Ils ont pris le risque d’abandonner quantité de spectateurs en route, incapables de se sentir concernés par des personnages opaques ou caricaturaux, incapables aussi de comprendre le sens d’une histoire où s’accumulent autant de fausses pistes.

Annoncé en toute modestie par HBO comme le plus génial épisode final de l’histoire des séries, ce très long épisode est effectivement une grande réussite, tant pour son écriture que par son esthétique. Sans dévoiler le dénouement on peut en dire que de façon retorse, les scénaristes font jouer des ressorts connus mais qui étaient toujours restés au second plan, valant d’indices psychologiques plus que de moteurs à l’action  : l’attachement de Ray pour celui qui aurait pu être son fils, l’amour de Franck pour sa femme et sa tristesse de la savoir stérile. Un enfant naîtra, plus tard, ailleurs, sous la protection des femmes, Any et la femme de Franck. On a le sentiment que l’immense affaire de corruption, à l’égale de l’immense affaire de meurtres rituels du tome 1, se réduit ici à l’angoisse des hommes face à leur paternité. S’il y a deux partis, finalement, à se distinguer, ce n’est pas celui de la justice et celui des truands, tant la corruption semble rassembler tous les étages de la société, mais celui des hommes et celui des femmes dans leur rapport à la procréation. D’une manière très classique et que l’on peut rapporter aux racines mêmes de la tragédie, la démesure qui pousse sans cesse les premiers à la faute mène irrémédiablement à leur (auto)destruction tandis que les secondes, plus humblement mais viscéralement liées au monde, s’accordent sur la primauté de l’amour et la protection de la vie.

Les derniers plans se posent dans des décors dont la fonction symbolique ne peut échapper : les décors : une forêt labyrinthique pour Ray, le désert pour Franck, la mer pour Any.

True detective est une série américaine crée par Nic Pizzolatto pour HBO et diffusée en 2015. Elle est interprétée notamment pas :  Vince Vaughn, Colin Farell, Rachel McAdams, Taylor Kitsch, Kelly Reilly…

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