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Quand j’ai lu le titre, This is us, je l’ai involontairement compris sous deux sens différents : This is us, « C’est nous » ou plutôt « Voici qui nous sommes » et This is U.S., « Ceci sont les Etats-Unis ». Cette double lecture ne m’a pas quitté, me rapprochant des personnages et de leur histoire, qui nous ressemblent, tout en m’en éloignant, culturellement. A condition d′oublier ce que sont ces gens, socialement ou en tant qu′américains, en ne les considérant que dans leurs liens de parentés et d′affection, ils sont effectivement ce que nous sommes : des maris, des femmes, des parents, des enfants, des grands parents. Ce n’est pas par l’originalité de son sujet que This is us se démarque. Elle est loin d′être la première série à traiter de la famille. Rarement, toutefois, on l′aura fait d′une façon aussi attachante. Émouvante, même.
À la différence des familles exécrées par Gide – « Familles je vous hais ! Foyers clos, portes refermées : possessions jalouses du bonheur » – celle-ci a les portes largement ouvertes. Noir ou blanc, mince ou obèse, hétéro ou homo, malade ou bien portant, chacun est accepté tel qu′il est. C′est l′Amérique ouverte et tolérante d′Obama. On peut débarquer à toute heure, il y aura toujours une place pour dormir.

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On croirait à un conte. Et c′en est un, pour grandes personnes. Qu′on en juge :
Soit un couple follement amoureux, Rebecca et Jack. Ils ont trois enfants. Nés le même jour. En réalité deux jumeaux plus un adopté. Ce dernier, trouvé devant la caserne des pompiers, remplace le triplé perdu pendant l′accouchement et qu′importe s′il est noir quand les autres sont blancs. Il sera d′ailleurs le meilleur à l′école puis, plus tard, un businessman accompli, au risque, d’ailleurs, du surmenage et de l’angoisse. Kevin et Kate, son frère et sa sœur blancs, aussi choyés aient-ils été, ont plus de difficultés à se faire une place et à s′accepter eux-même pour ce qu′ils sont. Les succès entraînent les échecs qui entraînent les succès. Impossible de revenir à l′état stable et heureux d′autrefois.

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L′histoire prend au moment où Kevin quitte avec fracas le show télévisé dont il est la vedette et où Randall retrouve son père biologique, William, un ancien toxicomane. Atteint d′un cancer, il est mourant. Le conte que narre This is us est celui de trois adultes à la recherche du bonheur perdu de l′enfance.

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On ne peut guère écrire série plus apte à susciter la compassion, tant le scénariste sait jouer de la parabole sentimentale. On pleure d′émotion simple. On se divertit de plaisirs légers. La gravité est sans pathos.
Mais il ne faut pas juger trop vite. This is us n′est ni naïve ni cynique. Tirée de la pâte des bons sentiments, elle est pétrie d′une main habile, trop habile, sans doute. Il est au moins un acteur à ne pas lui en vouloir, Sterling K. Brown, celui qui tient le rôle de Randall, le petit noir devenu père de famille et businessman :
“Tu as écrit un rôle pour un homme noir, qui ne pouvait être interprété que par un homme noir” a-t-il déclaré à Dan Fogelman, le scénariste, en recevant le Globe Award du meilleur acteur. “Et ce que j′ai tellement apprécié dans tout cela est d′avoir été vu pour ce que je suis et d′être apprécié pour qui je suis. Et cela rend d’autant plus difficile de me renvoyer, ou de renvoyer quelqu’un qui me ressemble. Donc merci, Dan.” En 2016-2017 aux USA, ce n′est pas une déclaration insignifiante. Black lives matter.

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Retour à l′histoire. Parce qu′ils sont nés le même jour, donc, parce qu′ils sont frères et sœur, Kevin, Kate et Randall sont liés par une enfance commune. On les découvre parvenus à l′âge adulte mais toujours leur enfance, ou leur adolescence, se rappellent à eux comme s′ils étaient l′écho prolongé de ce qu′ils avaient alors vécu. L′idéalisation du couple des parents, Rebecca et Jack, puis de William, le père biologique, désigne le point de vue : Ces destins enlacés sont vus au travers du récit d′enfants devenant adultes. L′affaire de toute une vie. Impossible de ne pas transporter toutes ses valises avec soi, où que l′on aille.
Certes, en remontant un peu plus loin, on s′aperçoit que la génération de leurs parents a eu des rapports plutôt conflictuels avec celle des grands-parents. Ruptures, abandons, rien ne s′est passé comme il aurait fallu. Il reste nécessairement des séquelles de ce passé, en dépit des efforts des parents d’en épargner à leurs enfants. L′optimisme volontariste du récit milite cependant vers une réconciliation des générations, au sein d′une réconciliation plus vaste de la société toute entière avec elle-même. « Tout s′arrange/Même quand tu n′es pas là/On peut toujours y revenir » dit une chanson écrite par William.

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Pour passer sans cesse d′un personnage à l′autre, glisser ainsi avec virtuosité d′une époque à l′autre, This is us recourt à un montage en parallèle de scènes qui s′alimentent l′une l′autre. Adroit tissage des âges de la vie qui fait dialoguer des moments vécus à des décennies d′écart. Et lorsque le procédé devient trop sensible, le scénario a déjà glissé sur un autre personnage.
Les interactions des uns sur les autres au sein de la cellule familiale, mais aussi, plus amplement, au long des générations, forment une trame suffisamment simple pour ne pas s′y perdre tout en restant assez souple et variée pour que le récit ne s′alourdisse jamais, même sur des sujets aussi dramatiques que le cancer de William. Succès, échecs, rencontres, séparation, bonheurs, tragédies, secrets, maladies, tout est pris dans une même fluidité, sans que l′on n′insiste trop. Cela pourrait s′appeler de l′élégance.

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Ainsi, parfaitement indifférente envers la pathologie des milieux clos, This is us développe la perspective d′un bonheur possible à partir d′un espace familial ouvert et dynamique.
Il est vrai que les conditions sociales – le travail, l′argent, la politique, etc.- sont marginalisées. Les personnages de This is us appartiennent aux classes moyennes, c′est à peine si on les voit au travail, à l′exception de Randall et Kevin, en fin de saison, encore que, pour les deux, il s′agisse plus d′exprimer ce qu′ils sont que de se battre pour un bulletin de salaire. Seul William est officiellement pauvre. Mais en vérité, ce pauvre, ce musicien et poète errant, est un pauvre de conte pour enfants, pas un pauvre pour de vrai. Il est le sage, celui qui observe la vie d′un œil bienveillant et réconcilie ce qui s′oppose. Car This is us n′a pas d′autre ambition que de délivrer autre chose qu′un message positif sur la famille. Sur l′Amérique.

This is us est un feuilleton américain créé en 2016 par Dan Fogelman et diffusé sur NBC. Il est interprété notamment par Milo Ventimiglia, Mandy Moore, Sterling K. Brown, Chrissy Metz, Justin Hartley, Susan Kelechi Watson, Chris Sullivan, Ron Cephas Jones, Jon Huertas…

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