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Fosse show

Bob Fosse fut l′un des plus grands chorégraphes et réalisateurs de comédies musicales , sinon le dernier. À l’écran, Cabaret, c′est lui, Sweet Charity, All that Jazz, c′est lui. Sur scène, Damn Yankees, Redhead, Sweet Charity, Pippin, Chicago, c’est lui, Liza with a Z, à la télévision, c’est lui. La fusion de Gene Kelly et de Stanley Donen. Après la maîtrise presque désincarnée de Fred Astaire puis la vitalité de Gene Kelly, Bob Fosse apporta à la comédie musicale l′économie du geste et la sexualité. Il faut l′avoir vu danser dans l′épisode du Petit Prince de Stanley Donen, ce film mal aimé où il incarne le serpent, pour comprendre comment avec si peu, un danseur de son talent peut autant exprimer. Ou bien admirer le ballet dénudé de All that Jazz pour réaliser ce que sensualité veut dire.
Gwen Verdon, elle, fut l′une des grandes danseuses du Broadway durant toutes les années 50 à 70. Les deux se marièrent en 60 et eurent une fille. Tout au long de leur vie commune, ils collectionnèrent les récompenses : Oscars, Tonys (théâtre), Grammies (chanson), Emmys (télévision), Palme d′or (1979), etc…. Ils se séparèrent en 1971 mais restèrent liés parce qu′ils étaient in-déliables.

Fosse award
Lorsque j′ai commencé à regarder ce feuilleton, l′image du couple Gene Kelly-Betsy Blair m′est immédiatement revenue. Un début d′histoire quasiment identique. Il était chorégraphe, elle jeune danseuse. Un an plus tard, ils se marièrent. Ils restèrent 16 ans ensemble et eurent une fille. La différence entre les deux couples est que Betsy Blair n′insista pas dans la carrière de danseuse et se reconvertit en actrice. Elle fut aussi connue pour avoir été communiste (1) et donc black-listée sous le McCarthysme. Gene Kelly la protégea comme il put mais elle choisit l′exil européen comme quantité d′artistes progressistes à cette époque. Elle aura tout de même connu son heure de gloire avec Marty, le très beau film de Delbert Mann écrit par Paddy Chayefsky et dont le rôle principal était tenu par Ernest Borgnine. Un film pré-télévisuel, dénué de tout éclat hollywoodien et dont l′ambition était de raconter de la façon la plus réaliste, dédramatisée, la vie de personnages ordinaires.
Or, coïncidence étrange, Paddy Chayefsky était le meilleur ami de Bob Fosse. Le seul capable de lui lancer ses quatre vérités à la figure. Celui qui, un jour, lui annonça que s′il se tuait à force d′amphétamines, il prononcerait sur sa tombe le pire éloge funèbre jamais prononcé. Ce à quoi Bob Fosse répondit amicalement que si les rôles étaient inversés, lui, danserait des claquettes devant le cercueil de son ami. Ce qu′il fit.

Fosse avec Paddy GP
Le jeu des coïncidences et des miroirs se poursuit lors du tournage et de la sortie de Lenny, le film que Bob Fosse consacra à l′humoriste contestataire Lenny Bruce, avec Dustin Hoffman dans le rôle titre. L′épisode (et demi) qui en traite s′articule autour de la crise cardiaque de Bob Fosse. Les amphétamines, l′alcool, le tabac et le surmenage ont finit par l′emporter. Le récit est entrecoupé de scènes reprises au film, en noir et blanc, avec Bob Fosse dans le rôle de Lenny. En réalité, plusieurs années après sa crise cardiaque, le véritable Bob Fosse dirigera Roy Scheider dans le rôle d′un chorégraphe frappé d′une crise cardiaque en pleine répétition de son spectacle. Pendant qu′il tutoie la mort, sa vie défile, devenue spectacle musical, au renfort de flash-backs. Cela s′appelle All that Jazz et cette autobiographie en forme de testament est son avant-dernier film. Fosse/Verdon, qui en reprend le schéma narratif, ne se prive pas de le citer.

Fosse-Verdon-fauteuil
Mais en dépit de son égocentrisme, Bob Fosse ne constitue pas à lui seul tout le sujet de la série. Il y a aussi Gwen Verdon ou disons plutôt que, comme que le titre l′indique, le sujet est la relation entre les deux. Quel alliage ont-ils formé pour se maintenir durant des décennies au sommet du show-business ?
A première vue, le modèle de vie qu’expose Fosse/Verdon est celui d′une course sans fin dans un monde de compétition. Bob Fosse est un hyperactif, insatisfait chronique, drogué aux amphétamines, fumeur compulsif et obsédé sexuel. Toutes les danseuses doivent passer par son lit. À l′ère post-Weinstein/DSK, le portrait passe mal.
Gwen Verdon offre un contrepoint salutaire. Dure, sans doute – on la voit au début virer une danseuse sans état d′âme – elle est, à ce moment de leur vies, la victime. Des deux egos en collision, le sien a la faiblesse d′être celui d′une danseuse, qui sait donc la brièveté d′une carrière de music-hall, et, aussi, celui d′une mère. Et c′est sur ce dernier point que le fil va se tendre jusqu′à frôler la rupture.

Fosse Verdon fâchée
Les deux sont déjà séparés, mais ils restent proches. Tandis que Fosse accélère pour établir sa postérité avant que sa santé ne le lâche, Gwen Verdon obtient enfin les droits d′adaptation de Chicago, une pièce de théâtre dont il s’agirait de faire une comédie musicale. Elle déniche, en plus, le théâtre sur Broadway où la représenter. Elle veut cet ultime spectacle pour assurer à sa fille les moyens de vivre. Cent fois humiliée par son ex-mari, elle n′a plus aucune raison de ne pas lui soutirer un dernier geste : concevoir une dernière grande comédie musicale pour la scène. La confrontation des deux est cruelle. Gwen Verdon a encore besoin de Bob Fosse, lui, n′a plus besoin de personne, mais il lui reste de l′affectation pour celle qu′il a si souvent trompée. Quant à Gwen, elle n′a d′autre choix que de lui forcer la main, quelque soit le chantage utilisé.

Fosse miroir
Ce couple ne serait apparemment plus qu′une formidable machine à produire du spectacle, mais une machine aux carburants multiples : la quête du succès, la complicité professionnelle, une affection profonde, une connaissance intime de l′autre, qualités et défauts confondus, et la méfiance qui va avec. Une machine qui arrive en bout de course mais qui entend prouver une dernière fois sa puissance.
C′est pourquoi Fosse/Verdon est une œuvre profondément amère. « Tu souriras si largement et tu danseras si magnifiquement. Ils vont penser que c’est une comédie musicale. Mais toi, tu le sauras. Et moi, je le saurai. C’est ce qu’on fait, non ? On prend ce qui fait mal et on en fait un gros gag. On chante et on danse. Le public est en train de jacasser. Ils rient si fort qu’ils ne se rendent pas compte que tout ce dont ils rient, c’est d’une personne à l′agonie » est-il dit.
Tout comme All that Jazz, le feuilleton est conçu comme un patchwork de flash-backs entre les quelques minutes qui séparent le moment où Bob Fosse se prépare à sortir et celui où il s′écroule dans la rue, victime d′une seconde et fatale crise cardiaque. La mort rôde du début à la fin. Elle est dans chaque cigarette, chaque comprimé de Dexedrine et jusqu′à la crise cardiaque de Bob Fosse. Elle est dans les polypes des cordes vocales ou le corps fatigué de Gwen Verdon. La course qu′ils mènent depuis qu′ils se connaissent n′a qu′un seul objet : la tenir encore un peu à distance.  En la racontant, avec certainement moins d′invention et de faste qu′All that Jazz, Fosse/Verdon ajoute néanmoins un reflet de plus à leur palais des glaces.

Fosse mourant:GwenFosse Fosse mourrant

Note :

(1) le Parti Communiste américain rejeta sa demande d′adhésion, préférant qu′elle reste la femme d′un Gene Kelly progressiste et sous la protection de sa renommée.

Fosse/Verdon est un feuilleton développé par Steven Lenvenson et Thomas Kail à partir de la biographie Fosse de Sam Wasson et diffusé en 2019 sur FX. Il est  interprété par notamment : Sam Roskwell, Michelle Williams, Margaret Qualey, Norbert leo Butz,…

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