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Une inconnue qui révèle à un homme ce qu′il ne sait pas de sa vie, le cadavre d′un alpaga retrouvé décapité en pleine ville, des jeunes qui participent à une rave silencieuse (avec des écouteurs), un adolescent retrouvé nu et inconscient au bord d′un lac, une maison de briques que le propriétaire refuse de vendre à un requin de l′immobilier, une fausse grossesse, une femme qui disparaît, des entraînements de foot, une inspectrice de police en rupture de couple à la veille de la retraite, voilà pour le premier épisode. Les suivants vont au même rythme, accumulant autant d′évènements et de révélations imprévisibles.

Stranger affiche 4

Avec The Stranger, on atteint la forme achevée de ce que d′aucuns appelaient la « quality Tv » ou « l′âge d′or de la télévision » et qui n′était au fond que l′industrialisation de la fiction télévisée. Fini l′artisanat d′un Patrick McGoohan ou d′un Rod Serling, ici, huit épisodes suffisent à raconter ce qui aurait aisément tenu en trois fois plus. Le feuilleton à l′ère de Netflix ou HBO coûte cher, dure peu, se consomme vite et reprend avec constance les mêmes recettes. Proposer de nouvelles productions à un rythme soutenu et adaptées à tout l′éventail des publics possibles est la stratégie qui permet de résister à la concurrence, quitte à abandonner en route des séries de grande qualité mais aux « scores » modestes. Cela nous vaut quatre meurtres, trois chantages, une tentative d′infanticide, un acte de cruauté envers un animal et quelques courses-poursuites en seulement huit épisodes. La crédibilité de l′ensemble résiste mal à l′accumulation des péripéties. D′autant que certaines d′entre elles entament dramatiquement la flottabilité du récit, la plus invraisemblable étant celle du policier véreux et de sa femme atteinte de syndrome de Münchausen par procuration, qui intoxique méthodiquement sa fille avec la mort-au-rat conservée dans un placard du garage. Un critique parle de narrations collatérales, comme il y a des dommages collatéraux, et c’est un peu ça… On en vient même à soupçonner un système de scénarisation automatique qui déclencherait les évènements à un rythme calculé pour tenir le spectateur rivé à l’écran.

Stranger inspectrice

Pourtant, comme autrefois Hollywood recrutait des écrivains à succès pour travailler les scénarios, Netflix embauche aujourd′hui Harlan Coben, star du polar américain, pour adapter l′un de ses romans en mini-série. On connaissait un autre écrivain de polar, Michael Connelly, auteur à l′écrit devenu producteur à la télévision de l′incontournable Bosch. La différence était que Bosch, lui, ne quittait pas son milieu naturel, Los Angeles, tandis que les personnages de Coben sont transplantés en Angleterre, ce qui peut avoir compliqué l′adaptation. La réalisation est néanmoins assez lisse pour prétendre à une audience internationale comme son succès le confirme…

Stranger Heidi

Oublions le générique, nième et insupportable déclinaison du style inauguré par True Detective et ne conservons que le meilleur : les personnages incarnés par la fine fleur des acteurs britanniques et les décors conformes en tous points à ceux de la classe moyenne anglaise.

Stranger Killian

On ne saura jamais ce que cette histoire aurait donné dans une mouture plus étendue. Il est probable qu′à moins secouer le spectateur elle aurait gagné en profondeur et que ce même spectateur, plutôt que de subir l′avalanche des évènements, aurait savouré ce qu′elle possédait potentiellement de suspense. Il aurait fallu élaguer, bien sûr, mais l’idée d’une inconnue qui s′approche de vous dans un bar ou un stade, vous glisse quelques mots à l′oreille et une enveloppe pleine de preuves dans la main avant de disparaître faisait un bon début.

Dans cette configuration rétrécie, on se contente hélas d′enregistrer les faits, convaincus dès les premières séquences que le puzzle finira bien par s′assembler et que du chaos surgira in extremis une issue commune à toutes les portes ouvertes.

Le sujet ne méritait pas un traitement si expéditif. Car ce dont il est question pour chacun des personnages de The Stranger est le secret qu′il dissimule et qu′une mystérieuse étrangère menace de dévoiler. La scène du cadavre dissimulé dans le mur d’une maison résume à elle seule l’enjeu de la série. Nous sommes à l’ère des revenge porn, de la destruction d’innombrables femmes connues ou inconnues, de politiciens aussi, dont la vie intime se voit affichée sur les réseaux sociaux. La scandaleuse divulgation d’images d’un  homme politique français candidat à la Mairie de Paris par un « activiste » russe fait en ce moment même la une des journaux.

Stranger cadavre

Cette violence semble ne pouvoir être endiguée. La propagation des images est trop massive et trop rapide pour tous les responsables puissent être condamnés un par un  à répondre de leurs actes comme s’en désole l’avocat de cet homme politique. Au temps d′internet, les secrets ne résistent pas longtemps, les premiers hackeurs venus peuvent terroriser ou faire chanter les proies qu′elles se choisissent. Et c′est effectivement ce qui se passe, dressant ainsi, au fil des chantages, le tableau d′un conflit entre deux concepts apparemment antagonistes : l′indispensable vérité et le nécessaire secret. La morale de la série voudrait qu′on n′échappe ni à l′un ni à l′autre. Pourtant, une solution existe peut-être ailleurs, dans une résistance frontale aux salopards anonymes et la défense collective de l’intimité de chacun, comme argumente fort justement la réalisatrice Ovidie dans Libération.

The Stranger est un feuilleton britannique créé par Harlen Coben et réalisé par Daniel O’Hara et Hannah Quinn. Il a été diffusé sur Netflix en 2020 et était interprété notamment par : Richard Armitage, Siobhan Finneran, Jennifer Saunders, Shaun Dooley, Paul Kaye, Dervla Kirwan, Hannah John-Kamen, Stephen Rea, ….

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