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Il suffit de l’entendre chanter ou jouer de vieux airs irlandais sur un violon et de lire sur les visages la nostalgie qui s’empare de son auditoire pour mesurer ce que l’immigration en Amérique a pu avoir de cruel pour un peuple irlandais réduit à l’exil par la famine, la terrible Gorta Mór. William Henry McCarty, dit Henry McCarty-Antrim, dit Willam H. Bonney, dit Billy le Kid, a perdu son père, son jeune frère et sa mère d’accident ou de maladie au cours de leur migration vers l’Ouest. Cet Ouest où la rumeur leur promettait une vie dure mais où le travail était dûment récompensé, ce dont des fervents catholiques comme eux ne pouvaient douter. « Mes parents sont venus en Amérique, avec la promesse d’un traitement juste et équitable pour tous. Je veux croire en cette promesse. » sont les derniers mots de Billy à la toute fin du dernier épisode de cette saison. Du moins est-ce ce que nous raconte de lui la série qui porte son nom.

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Après la mort de tous les membres de sa famille (1), Billy se retrouve sans le sou, à peine sorti de l’adolescence, avec un beau-père haïssable, dans un Nouveau-Mexique, qui ne présente guère d’opportunités. La terre comme la vie sociale sont dures, d’autant plus que cette dernière est dominée par la Santa Fe Ring, redoutable alliance de notables qui mettent la région en coupe réglée. En se lançant dans les jeux de poker, Billy avait toutes les chances de croiser la fine fleur des voyous de l’époque. Vol de bétail, vol de chevaux, il bascule vite dans une gamme de délits punis à l’époque de la pendaison sans jugement.

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La vie de Billy le Kid, grande figure du Wild West, fut maintes fois représentée au cinéma, notamment dans les film de King Vidor , Billy the Kid, en 1930 et de Sam Peckimpah, Pat Garrett et Billy le Kid , en 1973, avec James Coburn, et Kris Kristofferson (et Bob Dylan). La série diffusée en 2022 est l’œuvre d’un spécialiste de la reconstitution historique, Michael Hirst. Sa capacité à suivre aussi fidèlement que possible les faits historiques est indéniable et dans le cas de Billy le Kid, où les zones d’ombres ne manquent pas. Hirst choisit le plus vraisemblable mais effectue également des choix assez brutaux en éliminant les personnages qui encombreraient sa narration. Sa méthode se double d’un très efficace recours au pathos. Hirst cherche à nous faire partager les sentiments intimes de Billy et à ne pas le cantonner au rôle de pistolero. Toute la place est laissée à sa thèse : le Kid n’était qu’un honnête garçon pris dans la nasse de la corruption et de la violence, celles-ci étant le fait de tous, aux deux extrémités de l’échelle sociale, voyous comme gros propriétaires. À ces plaies s’en ajoute deux autres : un racisme généralisé envers les Indiens et les Mexicains (les Afro-américains sont absents) ainsi qu’une détestation ancestrale entre Anglais et Irlandais ou, plus généralement, entre catholiques et protestants. On n’est pas loin de l’Amérique que l’on connait.

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La guerre du comté de Lincoln, qui opposa deux hommes d’affaires et leurs troupes de hors-la-loi durant plusieurs mois de l’année 1878, impliqua l’armée fédérale et laissa derrière elle 23 morts et 33 blessés en dit assez long sur le climat de l’époque au Nouveau-Mexique. Billy le Kid, Pat Garett, Jesse Evans y participèrent. Quelque temps plus tard, Pat Garett, ex-compagnon d’arme de Billy devenu shérif par la grâce de la Santa Fe Ring, assassina lâchement son ancien ami.

C’est donc un garçon témoin de toutes les bassesses de son temps, et même souvent complice, mais solidaire des plus démunis, que l’on suit, constamment sensibles à l’écartèlement moral que la réalité lui inflige. Série d’apprentissage, Billy the Kid l’est au même titre qu’il existe des romans d’apprentissage. En l’occurrence, il s’agit d’un apprentissage particulièrement brutal qui s’achève par la mort du héros. Cruelle leçon donnée par la société des hommes à l’un des plus décents d’entre eux.

Tout au long de la série, Billy est tiraillé entre une conscience morale héritée de sa mère, pieuse catholique, la nécessité immédiate de survivre et l’influence de ses compagnons de brigandage. Un tel héros en proie au doute n’est pas commun dans l’univers du western et c’est ce qui fait de Billy the Kid une série intemporelle, aussi loin des classiques que de leurs pastiches post-modernes.

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Point, ou presque, de paysages grandioses pour un récit qui tutoie l’épopée, mais se tient à la vérité historique pour en extraire le ferment tragique. D’immenses paysages vides, plutôt, où l’on chevauche au galop pour fuir. Jamais on ne voit les poursuivants. Billy ne fuit pas la justice – il accepte un jour de se livrer pour être jugé avant d’apprendre que les juges sont corrompus –, il fuit la vengeance, la haine, la violence sans visage. Ces galopades effrénées donnent aussi à la série son lyrisme visuel, comme dans tout bon western. La beauté de ces scènes où un tapis infini d’herbes se déroule sur les sabots infatigables des chevaux expriment une liberté qu’hélas, la première halte dans la première bourgade venue ruinera instantanément. La société humaine est ainsi faite. Subrepticement, Billy the Kid nous offre un hymne à la vie naturelle, solitaire peut-être, mais infiniment paisible et beaucoup moins dangereuse qu’au sein du genre humain. Jean-Jacques Rousseau aurait aimé ce western, comme beaucoup d’autres.

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Un jour où un combat a lieu entre voleurs et gardiens de bétail, Billy blesse un jeune cowboy. Celui-ci, à genoux dans la rivière où il est tombé, le supplie de ne pas l’achever mais de le laisser mourir. « Pourquoi voler et tuer des gens comme nous ? » lui lance-t-il. « Des gens comme nous », pour dire « des gens aussi pauvres que nous ». La question fige Billy, il hésite puis fait demi-tour. Profitant de sa mansuétude, sa victime dégaine. Billy l’abat aussitôt. Cette scène condense à lui seul le conflit au sens dramatique du terme auquel se réduit la vie de Billy le Kid.

Tel est le récit, telle est la légende. Le New York Times écrivit à l’annonce de la mort du Kid, peu après le 14 juillet 1881 :  » Ses doux yeux bleus étaient si beaux que ceux qui le voyaient pour la première fois le voyaient comme une victime des circonstances. Mais en dépit de son apparence, Billy the Kid était l’un des personnages les plus dangereux que ce pays ait jamais produits. » La série de Michael Hirst est certainement plus proche de la vérité (2) mais de Billy the Kid, nous ne conserverons en nous que les si beaux yeux bleus. Parce que nous sommes comme ça.

Note : 1 ) Le feuilleton prend des libertés avec la vérité historique puisqu’il ignore la soeur de Billy, Bridget McCarty, et qu’il fait mourir son demi-frère Josphe à un jeune âge alors qu’il décéda aux environs de 67 ans lire ici à ce sujet. 2 – Une biographie concise (mais en anglais) de Billy the Kid est consultable ici : http://www.aboutbillythekid.com/summary_billy.htm, des photographies sont visibles ici : http://jessejamesphotoalbum.com/billy-the-kid/

Billy the Kid est un mini-feuilleton américain en 8 épisodes créé par Michael Hirst et diffusé sur Epix en 2022. Il est interprété notamment par : Tom Blyth, Daniel Webber, Eileen O’Higgins, Dakota Daulby, Siobhan Williams, Chad Rook, Shaun Benson, Zak Santiago, Vincent Walsh…

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