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La série coréenne Le Scandale est inspirée des Liaisons dangereuses, de Choderlos de Laclos, le célèbre roman épistolaire, chef d’oeuvre de la littérature libertine française du XVIIIe siècle. En 2003, une version cinématographique était déjà sortie sous le titre Un scandale inavoué, co-écrite par Kim Dae-woo, Kim Hyeon-jeong et Lee Jae-yong et réalisée par ce dernier. Un succès public massif conforté par les divers prix récoltés dans les festivals coréens, chinois ou italiens n’ont pu qu’inciter Netflix à concocter une version télévisuelle quelques deux décennies plus tard.

Dame Cho Yoon (Son Ye-jin)

On retrouve la période Joseon, déjà évoquée lorsque nous avons parlé, ici, de la série The Queen who crowns. Ces 500 ans de dynastie Yi offrent un cadre familier aux récits historiques et sont propice à la critique sociale, notamment en ce qui concerne la condition féminine. L’association avec le XVIIIe siècle français se fait grâce évidemment aux personnages et à leurs aventures, mais aussi au recours à des musiques d’inspiration occidentale (Fauré, par exemple). Quant à la nature épistolaire du roman de Choderlos de Laclos, elle est rappelée par le grand nombre de lettres échangées entre les protagonistes qui ponctuent et relancent le récit.

Une lettre extraite par Ahn Hui-yeon de son tiroir et qu’elle découvre ornée des caractères en « gras » à gauche, qui signifient « je l’ai lue » !

Les deux principaux protagonistes, Dame Cho Yoon et Cho Won, sont cousins et s’aiment depuis l’adolescence. Cho Won a choisi la voie du libertinage quand Cho Yoon a épousé un dignitaire, le seigneur Yoo. Celui-ci ayant décidé de prendre une concubine afin d’assurer sa descendance, Cho Yoon, plutôt que de s’opposer ouvertement à son seigneur et maître, fait appel à son cousin afin qu’il séduise l’élue, la jeune So-ok et, si possible, lui fasse un enfant.

So-ok (Shin Youn-ha) et Cho Won

Ainsi compte-t-elle exercer sa vengeance et, en récompense, elle offre de s’offrir au jeune homme s’il parvient à ses fins. Le cousin, toujours amoureux de sa cousine, accepte mais à condition que celle-ci lui facilite l’accès à une jeune, vertueuse et très belle veuve qu’il convoite, Ahn Hui-yeon.

Cho Won (Ji Chang-wook)

Les amateurs de Choderlos de Laclos auront à peu près identifié les personnages des Liaisons Dangereuses sous les traits de ces aristocrates coréens : La Marquise de Merteuil et son complice le Vicomte de Valmont (qui n’est pas son cousin), le mari M.Yoo à la place de son ex-amant, la jeune et un peu sotte Cécile de Volanges et enfin l’inaccessible Présidente de Tourvel.

Ahn Hui-yeon (Im Jin-ah)

Le Scandale n’aurait pas d’autre intérêt que celui d’un exotisme toujours charmant s’il n’enserrait l’histoire dans les limites de la condition extrêmement contraignante des femmes. C’est la différence avec la dynastie précédente de Goryeo, plus tolérante (1).

Cho Yoon et Cho Won adolescents, cachés dans un palanquin, situation plus embarrassante pour le garçon que pour la jeune fille.

Tout commence par ce concours de la fonction publique où s’affronte l’élite des jeunes hommes pour accéder aux plus hauts postes de l’administration royale. L’épreuve est infiniment difficile et se concentre sur une dissertation qui doit allié style et profondeur philosophique. Le sujet : « Exposez les vertus qui font du tabac, l’herbe sacrée du Sud, un outil de loyauté ». Le tout jeune Cho Won remporte l’épreuve aidé par une Cho Yoon bien plus mûre que lui, comme il le reconnaît volontiers. La suite montrera un Cho Won volage et superficiel face à une Cho Yoon sérieuse, concentrée sur les activités intellectuelles, qu’il s’agisse de lecture ou de gestion. Il ne cesseront néanmoins jamais d’être aimantés l’un par l’autre.

Cho Yoon et Cho Won toujours épris l’un de l’autre

Le libertinage, tel qu’il fut chanté par Crébillon ou Laclos était une revendication de liberté des mœurs et de plaisir des sens qui montait à l’assaut de la morale dominante, c’est-à-dire de l’Eglise. Les Libertins, éclairés par la philosophie des lumières, réclamaient la liberté individuelle et le droit au bonheur. Les mariages aristocrates (et royaux) n’étaient que des arrangements financiers, à peine consommé, les époux retrouvaient leur liberté affective et sexuelle. Les corps échappaient à la tutelle de la morale religieuse et sociale. Attaqué de l’intérieur et par ses élites, l’ordre social était ébranlé. La Révolution sociale et politique, qui n’est pas seulement une affaire d’idées et de paroles mais surtout de corps (transbahutés, déchus, guillotinés, exilés, exaltés) n’allait tarder. (2)

La scène critiquée

Or rien de cela ne peut poindre dans la société coréenne de la fin de l’ère Joseon, solidement corsetée. Le contresens est d’autant plus grave que ce qui se prépare à ce moment précis en Corée est à l’opposé de ce que va connaître la France. Ce n’est pas une révolution politique et sociale qui va avoir lieu, c’est au contraire la brutale invasion japonaise de 1910 et la colonisation subséquente du pays. L’esclavage, en quelque sorte. Il y a donc une erreur sur la dimension politique, philosophique des Liaisons Dangereuses. Dans l’univers coréen, l’irruption de l’adultère, de textes érotiques mais surtout d’une discrète scène d’acte sexuel, prennent l’allure d’infractions plus que de libertés conquises sur la morale dominante. La critique coréenne ne s’y est pas trompée.

Un de ces dessins qui ponctuent le récit, ici, il s’agit du défilé du Roi.

Il y a des longueurs dans ces 8 épisodes mais il est impossible de se lasser de l’harmonieux ballet des hanboks (3), tout en couleurs et transparences, dans des décors d’une géométrie parfaite et un paysage de peinture coréenne traditionnelle. La série recourt parfois à de brèves scènes peintes, que l’on croirait être des tableaux mais dont des détails s’animent (personnages, animaux, bateaux,…) avant de s’effacer devant le paysage qui a servi de modèle. Plus qu’amusant le procédé témoigne du lien entre la nature comme modèle et la société coréenne traditionnelle.

Cho Yoon au bord du lac

Note : 1 – La série The queen who crowns est explicite à ce sujet en montrant comment le prince devenu roi met sèchement à l’écart du gouvernement sa femme qui l’a aidé à conquérir le pouvoir. Il lui interdit même de pratiquer l’art du sabre qui est sa passion. 2 – Lire à ce sujet l’excellent ouvrage de Philippe Muray, le XIXe siècle à travers les âges. 3 – Vêtements traditionnels coréens déclinés en versions féminines et masculines.

The Scandal (스캔들) est un mini-feuilleton coréen en 8 épisodes adapté de Untold Scndal de Lee Jae-yong et des Liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos par Lee Seung-young and Ahn Hye-song et réalisé par Jeong Ji-woo. Il a été diffusé sur Netflix en 2026 et est interprété notamment par Son Ye-jin, Ji Chang-Wook, Nana…


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