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La radicalité esthétique en moins, le premier épisode de Legion rappelle singulièrement Utopia. Il s′agissait dans cette dernière de l′histoire d′un petit groupe détenteur d′un roman graphique pourchassé par une organisation tentaculaire et criminelle. Legion nous raconte l′histoire d′un petit groupe de personnages détenteurs de pouvoirs mentaux pourchassé par une organisation gouvernementale et criminelle, Division 3.
Mais, au-delà des divergences esthétiques, la plus grande différence entre les deux séries tient à ce que Legion ne puise pas aux mêmes sources qu’Utopia. En bonne production Marvel, il n′y est question que de super-héros quand Utopia, elle, s′appuyait sur des personnages tout à fait incapables du moindre exploit.

Pour comprendre les connotations et les enjeux de Legion, il faut en effet être initié à l′univers des comics américains et plus particulièrement à celui des X-men, créés par Stanley Lee et Jack Kirby en 1963. Depuis son origine, cette saga a considérablement évolué, notamment sous la houlette de Chris Claremont et Bill Sienkiewicz dans les années 1985. De nombreux personnages se sont greffés et c′est un monde tentaculaire qui s′est développé de comic-book en comic-book.

La télévision prend le relais, mais sans rompre le lien. Pour preuve, le feuilleton de Noah Hawley est produit par Bryan Singer, réalisateur des films X-men. Issu de la même bande dessinée, les deux cycles, le télévisuel et le cinématographique, cohabitent et sont appelés à évoluer en symbiose. (1)
Ceux qui, comme moi, en sont restés à Superman et Batman et se gardent bien d′aller plus loin, risquent donc d′être assez vite perdus et de ne rien percevoir des relations entre les personnages ni de leurs origines ou de leur évolution propre. (2)

legion hopital

Le personnage principal de Legion, David Haller, est interné dans un hôpital psychiatrique. Il est le fils de Charles Xavier, le créateur de « l′école des mutants » qui permet à des jeunes mutants de maîtriser leurs dons. On découvre rapidement que David souffre en effet moins de problèmes psychiatriques que de pouvoirs mentaux extraordinaires. Télépathe, il a également des dons de télékinésie, pyrokinésie et téléportation selon la personnalité qu′il adopte, car plusieurs personnages cohabitent en lui. Entend-il des voix ou ces voix sont-elles réelles comme le lui expliquera bientôt ?
A l′hôpital, il est soumis à quantité d′interrogatoires de la part de médecins mais aussi de personnages nettement moins sympathiques. Il rencontre heureusement Sydney, une jeune fille venue le soutenir et l′aider à fuir. Il en tombe amoureux en dépit du léger problème dont elle souffre : elle ne supporte pas d′être touchée et lorsque cela se produit, son esprit se substitue à celui de l’autre. Et vice-versa. Sydney, enfin, est une membre de Summerland, une déclinaison de la fameuse école de Charles Xavier, dirigée par une certaine Mélanie Bird. C’est grâce à cette dernière que Summerland récupère finalement David et le protège de la mystérieuse et dangereuse Division 3.

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Ce résumé est considérablement condensé. Il aurait fallu y ajouter un horrible Roi des Ombres qui terrorise David, une sympathique Lenny Busker qui, au contraire, le soutient et quantité d′autres personnages, pour la plupart mutants.

Si le premier épisode déroute, il n′en est pas moins totalement fascinant par sa façon de nous faire passer d′une réalité à l′autre sans que nous soyons capables de démêler le vrai du faux, la stricte réalité des visions paranoïaque du héros. Le sol se dérobe. Nous sommes dans un labyrinthe de miroirs dont le seul élément tangible n′est même pas la présence physique du héros puisqu’il héberge d’autres personnages et qu’il lui arrive de changer de corps grâce à sa petite amie. Les images se retournent comme des gants, le monde de David Haller est une galerie d′illusions, extrêmement sophistiquées mais épuisantes.

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“Ce que j′aime vraiment à son sujet, déclare Noah Hawley, c′est qu′il est un personnage à un certain niveau schizophrène, un personnage qui sa bat contre la maladie mentale. Est-il fou ou possède-t-il ces pouvoirs ? La réponse est : un peu des deux. Je crois profondément que la structure de l′histoire se doit de refléter le contenu de l′histoire. Et donc j′aime l′idée que si vous avez un personnage qui ne sait pas ce qui est réel ou pas, c′est aussi le voyage du public. » Noble ambition mais sans doute beaucoup trop théorique. À égarer en permanence le spectateur sous prétexte de traduire l′égarement du héros, on multiplie les chances de perdre le premier comme le second.

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Incontestablement, le style de Noah Harvey est brillant. Il l’est peut-être même trop tant sa maîtrise l′emporte sur le souci du spectateur. À partir du quatrième épisode, on éprouve de vraies difficultés à poursuivre un « voyage » où il est impossible de distinguer la réalité du délire, où les personnages s′emboîtent les uns dans les autres ou se substituent les uns aux autres et où finalement on ne parvient plus à saisir le fil d’une histoire délibérément éclatée.

Visiblement, Noah Hawley prend plaisir à adapter des oeuvres existantes et à les faire siennes (les trois saisons de Fargo issues du film des frères Coen, par exemple). Dans Legion, il injecte ses références, sans beaucoup de discrétion : L′hôpital où est interné David Haller est le « Clockworks Psychiatric Hospital », qui renvoie à Clockworks Orange (Orange mécanique) le film de Stanley Kubrick. Syd Barrett, la petite amie de David Haller porte le nom du guitariste fondateur de Pink Floyd réputé avoir souffert lui aussi de troubles schizophréniques et avoir abusé de LSD. Le propos n’y gagne pas en limpidité.

Legion cuisine
Reste la question de la folie, des mutants ou même plus simplement de la découverte de l′amour. Que Syd refuse tout contact physique et qu′avec David elle entretient des rapports strictement platoniques évoque la crainte adolescente de l′acte amoureux. Cette interdiction ne sera adoucie que par l′invention par David d′un espace mental où ils peuvent se retrouver et se toucher imaginairement, sans que leurs corps en souffrent. Puisque dans la réalité David et Syd ne fusionnent pas (au mieux et accidentellement, ils se substituent l’un à l’autre) il peuvent désormais se réfugier dans l’espace immatériel de leurs fantasmes.

Plus généralement, les personnages, qu’ils soient mutants ou fous, sont en devenir. Summerland leur apprend à distinguer leurs pouvoirs de la folie à laquelle on les assigne. Toute la saga en témoigne : affligés d′anomalies génétiques, les X-Men sont perçus comme des monstres et, mis au ban de la société, ils doivent se cacher pour survivre. Pour eux, la réalité se divise en plusieurs dimensions, se mentalise, ou, pourrait-on dire autrement, les perceptions et l’imaginaire se confondent. Là encore, on imagine des adolescents en pleine transformation physique et émotionnelle, qui sentent s′accroître leurs forces mais doutent de ce qu′ils sont.

Qui pourra reprocher à une histoire de super-héros de parler d’abord aux adolescents ?

 

Legion est un feuilleton américain créé par Noah Hawley et diffusé sur FX en 2017. Il est interprété notamment par : Dan Stevens, Rachel Keller, Aubrey Plaza, Bill Irwin, Jeremie Harris, Jean Smart, Katie Aselton, Amber Midthunder…

1 Lire à ce sujet (en anglais) : http://www.slashfilm.com/will-fxs-legion-tv-series-be-connected-to-the-x-men-film-universe/

2 Lire à ce sujet : https://oblikon.net/analyses/serie-legion-explications-analyse/

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