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Tout Maniac aurait pu être un simple épisode de Black Mirror, c′est un peu moins. Déclinée de la série norvégienne du même nom, Maniac s’en distingue tout à fait, en troquant la comédie populaire pour le comique de connivence.

Maniac Owen

Annie Landsberg (Emma Stone) et Owen Milgrim (Jonah Hill), une jeune femme dépressive et un jeune homme schizophrène paranoïde, se rencontrent dans un groupe de volontaires participant aux expériences de la société Neberdine sur le traitement de la souffrance mentale. Les cobayes sont rétribués et, accessoirement, débarrassés de leurs troubles. L′unité de recherche est dirigée par un médecin japonais, vite remplacé par le réel concepteur du projet, le docteur Mantleray (Justin Theroux). La thérapie passe par le super-calculateur Greta, la version féminine et empathique du Hal de 2001, Odyssée de l’Espace. Le groupe de cobayes comprend une douzaine de personnes, cloîtrées durant trois jours dans le laboratoire.

Maniac cobayes

Owen vit avec un frère imaginaire et s′imagine investi d′une mission sur terre. Annie se drogue, notamment avec des pilules issues de chez Neberdine, le test sera une bonne occasion pour elle d′en consommer gratuitement et à volonté. Le protocole de l′expérience exige que les cobayes consomment une pilule par jour pendant trois jours, chaque fois à usage différent, et que durant l′effet de la pilule, ils soient connectés par une sorte de casque à micro-ondes au super-calculateur. Les « rêves » puis leurs mécanismes de défense sont analysés avant la dernière étape, la « confrontation », qui les libèrera de leurs symptômes.

Maniac interro

Malheureusement, comme son modèle Hal, Greta passe par une phase dépressive. Un larme d’étain et deux connections se retrouvent soudées, celles d′Owen et d′Annie. De ce fait, les inconscients des deux cohabitent, au plus grand étonnement de Mantleray et de son adjointe Azumi qui les découvrent ensemble dans la visualisation informatique d′un seul et unique rêve.

Les rêves étant des rêves, les scénaristes s′offrent la possibilité de promener leurs personnages à leur guise, dans des univers fictionnels disparates. Beau prétexte au tout et n′importe quoi, quitte, pour les auteurs, à caler le cours vagabond des récits sur la boussole les traumas originels : la mort de la soeur d’Annie et le problème d′Owen avec son frère.

Maniac HF

On se voit ainsi projeté dans des épisodes de fantasy à suivre les aventures d′Annie et de sa sœur transformées en elfes ou dans des pulps fictions façon Tarentino pour un Owen devenu fils de gangster. En prenant en compte la ligne narrative de départ, le récit claudique ainsi sur trois pieds sur lesquels se greffe un quatrième, qui, lui, cultive le grotesque : l′histoire du docteur Mantleray, de son adjointe et de sa mère. Mantleray est un personnage de bande dessinée de comics américain bien plus qu′un être de chair et d′os. Ses grimaces deviennent vite pénibles. Sa collaboratrice et ex-petite amie ne prétend pas davantage de crédibilité. Quand au grand patron des laboratoires, il n′est accessible que par le truchement d′un poste de télévision ancien modèle porté à bout de bras par un costaud.

Maniac docteurs

Maniac patron TV2

Maniac commençait donc comme un épisode de Black Mirror, laissant entrevoir la dénonciation d′un futur proche livré à la manipulation des cerveaux. Malheureusement, le feuilleton s’égare sur d’autres pistes  et, tout à leur jubilation, les scénaristes laissent le spectateur en plan.

En ces temps où tout a tendance à devenir « post », on est ainsi confronté à de la pure télévision post-moderne, empreinte de références plus ou moins ironiques. Ne pas croire totalement au récit mais identifier à la seconde les références est le minimum exigé du post-spectateur, cet être social parfaitement ciblé au sein des classes aisées. Passer aussi brutalement d′un registre à l′autre impose en effet d′être capable de l′identifier instantanément et d′apprécier cette circulation entre les genres plus que le contenu lui-même, de se tenir à une distance vaguement critique et modérément participative, un pied dans l′un un pied dans l′autre, sans jamais s′investir totalement tout en appréciant le tour de force. Bref, relever de cette culture des petits malins à qui on ne la fait pas, ceux qui ont la culture suffisante pour savoir naviguer d′un chapitre à un autre, comme on zappe entre des chaînes ou que l′on rédige un mémoire en cliquant d′un site à l′autre. On a vu assez de films de Tarentino ou de Jarmush pour savoir de quoi il s′agit.

C′est ce dont est fait Maniac, loin la cruauté des meilleurs épisodes de Black Mirror.

Maniac est un feuilleton américain adaptée de la série norvégienne homonyme et diffusé sur Netflix en 2018. Écrit par Patrick Somerville et réalisé par Cary Joji Fukunaga, il est interprété notamment par : Emma Stone, Jonah Hill, Justin Theroux, Sonoya Mizuno…

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