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Unsere MütterUnsere Vater , Ku′damm 56, et Deutschland 83 nous racontaient l′Allemagne de la Seconde Guerre mondiale, de l′après Seconde Guerre Mondiale et enfin de la Guerre Froide. Babylon Berlin raconte l′avant Seconde Guerre Mondiale, celle de la fin de ces années 20, au moment où l′Allemagne s′extirpe du désastre de la Première Guerre Mondiale et se précipite, sans le savoir, vers la crise économique de 29 puis, dans la foulée, vers le nazisme. Alfred Döblin, Bertold Brecht, Kurt Weill, Fritz Lang, Walter Benjamin, Marlène Dietrich, Albert Einstein, Walter Ruttmann, Billy Wilder, Curt Siodmak, Max Ophüls, Alfred Döblin, Wilhem Pabst, Louise Brooks, le Bauhaus, Grosz, tous ces noms sont alors Berlin, à l′époque où Berlin était l′avant-garde de l′Europe, avec Paris. Époque de créativité et d′insouciance, de misère, aussi, pour beaucoup. C’est L′Ange Bleu et La rue sans joie, en même temps.

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Les Nazis ont haï cette République de Weimar, à leurs yeux synonyme de dégénérescence. À Berlin, la pègre régnait sans partage, la prostitution s’épanouissait, on dénombrait environ 500 lieux « d′amusement » érotiques en comptant ceux réservés aux homosexuels de chaque sexe et les 5 réservés aux travestis, la vogue était à la musique nègre, l′art s′abandonnait à la difformité, l′homosexualité s′exposait publiquement, la drogue et alcool se vendaient dans la rue, presqu′à découvert. C′était la Babylone de la Bible, la « grande prostituée » de l′Apocalypse. Ce qui énervait d’autant plus les nazis qu’en dépit de la violente répression de janvier 1919, les communistes restaient fortement implantés à Berlin, « la ville la plus rouge (d′Europe) après Moscou », selon leur propre estimation. On imagine sans mal que dans de telles conditions, les trafiquants et les espions aient vu leur travail grandement facilité bien avant même que le Mur de Berlin ne fasse de cette ville la capitale mondiale de l’espionnage.
C′est avec des moyens colossaux que Babylon Berlin fait émerger sous nos yeux ce Berlin des années 20. Hors des USA, aucune production n′a jamais consacré autant de moyens à un feuilleton télévisuel. Jusqu’aux fameux studios de Babelberg, qui datent de l’époque, mis ici à contribution pour un résultat époustouflant de réalisme.

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L’histoire

L′inspecteur Gereon Rath arrive de Cologne pour mettre la main sur un mystérieux film que tient à voir disparaître son père, le maire de cette ville. Gereon a fait la guerre, il y a perdu son frère. Les combats dans les tranchées l’ont marqué à vie. Pour surmonter le stress post-traumatique et calmer ses accès de panique, il est désormais dépendant d’opiacées. Le policier impeccable a sa faille, comme tout lemonde.

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D’ailleurs, quel drôle de prénom que « Gereon », lui fait remarquer une fille. Il est vrai que c’est celui du patron de Cologne, Saint Gereon, « le soldat d′or » que l′Empereur Maximien fit exécuter avec 50 autres pour avoir refusé de sacrifier aux Dieux romains. Une berlinoise ne peut pas le savoir. La véritable question, qu’oublie de poser la fille, est de savoir à quels Dieux, ce Gereon-ci refuse de sacrifier ?

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Le Berlin que Gereon découvre sous la houlette de son collègue le commissaire Wolter n′a rien pour le séduire. Rath est un fonctionnaire prudent. Il ne porte aucun jugement, Il évite de céder à la tentation comme de pactiser avec les séditieux, de quelque bord soient-ils. Il esquive la répression des communistes, ne se laisse pas corrompre, tient à distance les filles trop tentantes. Ses seuls soucis sont de retrouver le film compromettant pour son père et de correspondre secrètement avec la veuve de son frère, dont il est épris. L’un rachète l’autre, la mission filiale temporise le désir illicite, toute la fragilité de ce garçon tient en ces deux termes, il s’en confessera auprès d’un prêtre.

Son collègue Bruno Wolter lui sert de négatif. Lié aux militaires comploteurs d′Extrême-Droite, racketteur de maisons closes, on ne sait pas véritablement quels intérêts il sert sinon les siens, en toute impunité et sans l’ombre d’un début de contrition. Il en va de même pour l′ambigüe Svetlana, maîtresse de Kardakov, le chef du réseau russe trotskyste, dont les fidélités à géométrie variable épousent les circonstances et qui évolue dans les milieux interlopes de Berlin comme une grande prédatrice.

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Babylon Berlin a quelque chose de The Hour, le feuilleton britannique sur la télévision d′après-guerre. On y retrouve le même genre de personnages sans grande profondeur psychologique, tels que les affectionnent les romans populaires et les bandes dessinées : Charlotte, la jeune fille audacieuse, une sorte de Tintin en jupons, Gereon, le jeune policier intègre, Svetlana, la traîtresse vénéneuse, Bruno, le commissaire corrompu mais efficace, Kardakov, l′agitateur politique sacrificiel, L′Arménien, le chef de gang élégant et cruel, Nyssen, l′héritier hautain, etc. Mais tous ces personnages développent une autre facette qui leur donne, à défaut d’une épaisseur, l’ambiguïté propice au théâtre d’ombre du Berlin de ces années 20. Charlotte est partagée entre sa fonction de soutien de famille et sa vie de détective en herbe, Gereon souffre du stress post-traumatique ramené de la guerre et tient à renfort de drogues, Bruno ménage ses arrières avec les fascistes, Svetlana en plus d’être espionne, fait la travestie dans les cabarets, le Kerdakov qui sème la révolution est transit d’amour pour Svetlana, etc. En cela, ils incarnent les ambivalences d’une Allemagne à la croisée des tentations. En 1929, rien n′est encore fixé.

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Néanmoins, si Babylon Berlin réussit à décrire une réalité urbaine avec un grand souci d′exactitude, elle se néanmoins laisse piéger par le mythe berlinois. La misère, caricaturalement dépeinte au travers de la famille de la jeune Charlotte, est vite délaissée au profit de la frénésie des dancings et du clair-obscur des lupanars. La vie souterraine, où les alliances les plus improbables se doublent de trahisons, offre une matière plus tentante que les ravages de l′alcoolisme ou de la syphilis.

Alors comment représenter un paysage aussi mouvant que celui-ci sans faire de chaque personnage un emblème ? Babylon Berlin n’y parvient qu’imparfaitement. La marche du récit prime, les personnages sont à son service. Au risque de la démonstration. La Grande Histoire écrase ses sujets.

Au centre de l′Europe, la métropole est le passage obligé entre l′Europe Occidentale et la Russie soviétique. Quelques années plus tôt, le wagon plombé de Lénine avait transité par Berlin pour gagner la chancelante Russie, avec la bénédiction du Kaiser. On sait que l′avenir de l′Europe se jouera là. Agents trotskystes et staliniens s′affrontent sous le regard désintéressé d′une police trop occupée à casser le mouvement ouvrier allemand.

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De son côté, la grande bourgeoise industrielle, représentée par la famille Nyssen, cultive sa proximité avec l′élite militaire prussienne. Le moment venu, elle financera ses chiens de garde. De l’autre bord, le mouvement ouvrier fait le plein mais la révolution sociale rate la révolution des mœurs. La social-démocratie se délite sous les coups conjugués de l’Extrême-droite et de l’Extrême-Gauche, la chute est inéluctable. Il faut relire Sans patrie ni frontières, de Jan Valtin, pour mesurer pleinement les enjeux de ces années-là en Allemagne.

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Sur ce paysage dont nous connaissons déjà le destin, l′impavide inspecteur Rath porte un point de vue désabusé qui se veut assez neutre. Il en a vu d’autres, dans les tranchées. Tout entier à sa mission filiale, il veille à se tenir en retrait des évènements. Du moins n′y participe-t-il pas franchement. Il observe, et nous observons par son truchement. À la toute fin de la saison, son jugement – car c′est lui qui jugera et non son commanditaire de père – n′en aura que d′autant plus de poids. Et l’on saura enfin à quels dieux Gereon refuse de sacrifier.

Babylon Berlin est un feuilleton allemand écrit par Tom Tykwer, Achim von Borries, Hendrik Handloegten, d′après les romans de Volker Kutscher. Il est interprété notamment par : Volker Bruch, Liv Lisa Fries, Peter Kurth, Severija Janušauskaitė, Ivan Shvedoff, Lars Eidinger, Mišel Matičević, Anton von Lucke, Fritzi Haberlandt, Waléra Kanischtscheff…

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